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Dexia: arrogance française et rancœurs belges

La hache de guerre entre la France et la Belgique est déterrée. Le motif? La répartition de l'effort à consentir par les deux pays pour sauver la banque Dexia. En effet la banque franco-belge, fruit du mariage entre le Crédit local de France et le Crédit communal de Belgique, a jeté l'éponge pour cause de crise de liquidité.

2008, crise des subprimes, la banque est l'objet d'un plan de sauvetage qui va couter 6,4 milliards d'euro à la Belgique (3 milliards), à la France (3 milliards) et au Luxembourg (376 millions). Octobre 2011, rebelote avec la crise de la dette des Etats européens mais cette fois-ci l'ambiance a changé, c'est la méfiance réciproque entre Paris et Bruxelles. "Il est clair qu'un élément très sensible et crucial dans les négociations, c'est le partage équitable des charges" a déclaré Yves Leterme. Etrange déclaration du Premier ministre belge, comme si outre-Quiévrain on était persuadé que le partenaire français voulait abusé de son petit voisin pour imposer une solution inéquitable, mais peut-être a-t-il quelques bonnes raisons de faire cette déclaration inamicale. 

– La France va connaitre une élection majeure dans un peu plus de 6 mois et l'actuel gouvernement ne veut à aucun prix risquer de perdre "notre trésor national" (et enjeux électoral) qu'est le triple A, pour sauver une banque plus belge que française à ses yeux, puisque non seulement le siège de Dexia est à Bruxelles mais qu'elle n'est même pas sous la tutelle de la Banque de France. Par ailleurs Dexia n'ayant pas de clients particuliers en dans l'hexagone, Paris ne veut pas assurer une coûteuse garantie sur les dépôts de clients non-français.

– Les belges pensent avoir été grugés trois fois. D'abord à la fusion, en apportant une banque saine et aux activités "équilibrées" (le Crédit communal de Belgique était à la fois banque de dépôts et banque préteuse alors que le Crédit local de France n'avait pas de réseau de collecte) – en somme l'épargne belge sert à financer les collectivités locales françaises, puis avec la stratégie impulsée par un ancien haut fonctionnaire français, Pierre Richard (cela ne s'invente pas), qui s'est avérée désastreuse et enfin après le premier sauvetage de la banque où un Français, Pierre Mariani (un proche de N. Sarkozy), a été imposé pour diriger et sauver la banque. Mission non-accomplie à priori.

– Pour corser le tout il y a une guerre dans la guerre entre Belges. Pour une fois, elle n'oppose pas Flamands et Francophones mais régions et Etat féral. Les collectivités locales étant de gros actionnaires de Dexia et ne voulant pas perdre toutes leurs billes dans l'affaire, s'opposent à un plan de nationalisation qui laminerait leur investissement. Elles proposent un spin-off (éclatement de la banque en plusieurs morceaux) où l'Etat fédéral récupérerait les mauvaises créances- la fameuse bad bank – et les actionnaires les bons morceaux – la good bank -. Bien sure cette proposition est inacceptable pour le gouvernement renforcé par l'annonce par Moody's  d'une possible dégradation de la note belge, actuellement la deuxième meilleure possible à "Aa1".

Qui est responsable de cette gabegie?

Il est toujours facile de donner l'ordre d'arrivée des chevaux après la course. A posteriori il est évident que les choix stratégiques de la direction se sont avérés mauvais. Mauvaise était l’idée de financer des engagements à long terme par des ressources à court terme. Mauvaise était l’idée de s’appuyer sur les marchés financiers pour se financer plutôt que sur les dépôts de particuliers. Mauvaise était l'idée de racheter une société américaine spécialisée dans les subprimes. Et enfin mauvaise était l’idée de gaver son portefeuille obligataire d'obligations grecques ou portugaises.
Si on est bien obligé de reconnaitre que la plupart de ces décisions ont été prises par un management français, il faut aussi reconnaitre que côté belge personne ne s'est plaint quand ces stratégies étaient gagnantes et que les bonus étaient généreux.

Retour en 1996!

Quelque soit la solution choisie, l'intérêt des Etats est de se décider vite, très vite même pour stopper l’hémorragie de fonds placés sur les comptes courants de la branche belge de Dexia. Plus on attend, plus on entretient l'incertitude  et plus cela sera couteux.

La solution la plus probable est un retour dans le passé de 15 ans.  On va détricoter tout ce qu'ont fait nos mauvais génies de la finance et revenir à une banque belge de dépôt nationalisée, un établissement français de financement des collectivités locales adossé à la Caisse des Dépôts et Consignations et à la Poste – qui ne sont d'ailleurs par trop d'accord mais le gouvernement ne leur demande pas leur avis mais juste de mettre en musique ce qui est décidé -. Le reste est mis à l'encan.
Le Luxembourg, qui a décidé de faire cavalier seul dans cette affaire, a déjà trouvé un repreneur – un fonds souverain du Quatar – pour Dexia BILL à Luxembourg. Il faut dire que c'était d'autant plus facile que cette branche est plutôt prospère.
Le russe Sberbank a les yeux doux pour DenizBanque, la filiale turque, autant dire que c'est une nationalisation par l'état russe puisque la banque centrale de Russie en est le premier actionnaire.


Malheureusement revenir en arrière n'annule pas les dettes et les gouvernements belge et français vont  devoir créer une "bad bank". Heureusement, la France a une bonne expérience dans ce genre de structure de défaisance, on se souvient de celle du Crédit lyonnais qui ne devait couter pas un centime au contribuable.

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