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Sommet européen: Comment Hollande s’est fait rouler dans la farine par Mario, Mariano, Angela et les autres

Le énième sommet de la dernière chance qui s'est tenu à Bruxelles les 28 et 29 juin 2012 a quelque chose de singulier; il fait l'objet d’éloges quasi unanimes des observateurs avertis et autorisés à s'exprimer dans les médias.


Les politiques de gauche louent l'intelligence tactique de Hollande quand ceux de droite revendiquent la paternité de ces accords en expliquant que c'est l’aboutissement d'un long travail en amont de leur ancien champion Sarkozy. Les économistes de gauche se félicitent d'un retour en grâce du keynésianisme quand ceux de droite y voient la planche de salut du capitalisme. Les europhiles sautent comme des cabris à l'annonce d'un fédéralisme renforcé quand les europhobes…se taisent.   (hommes politiques de droite comme de gauche, la plupart des économistes et les journalistes).


Le bilan de ce sommet est claire comme de l'eau de roche pour la presse; Mario Monti et Mariano Rajoy ont "fait plier" Angela Merkel avec la complicité de François Hollande métamorphosé de capitaine de pédalo en Amiral Nelson, Maitre de la stratégie du contournement et Commandeur de la Ligue latine. Circuler y a rien à voir ni à discuter, le Sud a triomphé.

 

 

 

Je me méfie toujours des jugements hâtifs qui remportent l'unanimité, en particulier en ce qui concernent les affaires européennes. Replongez-vous dans les articles de presse consacrés à la création de la monnaie unique dans les année 90 et vous pourrez y lire que la naissance de l'Euro est une grande défaite pour l'Allemagne et un formidable atout pour les économies des pays du Sud qui allaient bénéficier d'une monnaie forte et des taux d’intérêts bas. Finit le cauchemar des dévaluations successives et la tyrannies d'un Georges Soros réduit au chômage technique et obligé de se reconvertir dans l'action humanitaire en faveur des pays de l'Est.
Aujourd’hui que l'heure du bilan du grand chambardement monétaire est arrivé on nous dit tout le contraire; l'Allemagne serait la grande bénéficiaire de ce grand pas fédéraliste grâce à l'affaiblissement du potentiel industriel des pays latins plombés par une devise non-dévaluable. Passons à une exercice de décryptage des décisions de ce 19 ème sommet de la dernière chance.
 
Le contexte de ce sommet et ses principaux acteurs
 
Le principal acteur de ce sommet, outre l'Allemagne alias Carte Bleue, est l'Espagne qui après la Grèce, l'Irlande et le Portugal, se trouve dans l’œil du cyclone des marchés depuis la "découverte" des pertes de la caisse d'épargne Bankia, No. 1 sur le marché des prêts immobiliers du pays. Les taux d'intérêts à 10 ans de Madrid se rapprochent dangereusement du taux symbolique des 7% (c'est à partir de ce taux prohibitif qu'Athènes, Dublin et Lisbonne ont été contraint de faire appel à l'aide européenne et ont vu leur souveraineté budgétaire mise sous tutelle)
Dans les rôles secondaire nous avons:
– L'Italie qui est le domino placé juste après l'Espagne et qui est d'ores et déjà sanctionnée sur les marchés avec des taux à 10 ans dépassant les 5,7%, niveau intenable sur le long terme et qui annulent tous les efforts de rigueur que le pays a ou pourrait engager.
– François Hollande, qui pour son premier Sommet de la dernière chance, veut montrer que même si à la maison il ne porte pas la culotte il peut tenir tête à la fille d'un pasteur comme il l'avait claironné pendant la campagne présidentielle.
– La Grèce dont le nouveau gouvernement, élus après des élections qui ont donné bien des sueurs froides à tous les dirigeants de l'UE, est bien décidé à bénéficier d'un réaménagement des termes du mémorandum signé avec la troïka.
– Le Portugal et le mauvais coucheur irlandais qui ne voient pas pourquoi eux aussi ne pourraient bénéficier des mêmes accommodantes qui seraient accordés à l'Espagne, la Grèce ou l'Italie.
 
– David Cameron, Premier ministre britannique ainsi que représentant officieux de Barak Obama et V.R.P sans complexe de la City, fidèle à la ligne politique suivie par tous ses prédécesseurs: Plus d'Europe pour les autres mais sans que cela ne coûte un penny à Londres et que rien ne viennent faire ombrage à la place financière anglaise.
 
Les décisions de ce sommet
 
Pour l’anecdote, ce sommet a été l'occasion de finaliser un vieux projet européen qui trainait dans les tiroirs depuis 30 ans; le brevet unique européen. Cette avancée s'est fait au prix d'une division administrative, donc de coûts supplémentaires et d'une moindre efficacité, entre Paris, Londres et Munich puisque aucun des trois grands ne voulant céder sur ce point. L’Italie et l'Espagne ont refusé d'y participer car les brevets ne seront traduits qu'en trois langues; Anglais, Allemand et Français (de toutes les façons cela ne change pas grand chose puisque la "petite" Suisse, par le nombre de sa population, dépose plus de brevets européens que ces deux pays réunis). 
L'enseignement qu'on peut tirer de cet épisode est que malgré les grands discours sur l'Europe fédérale et solidaire et sur l'impératif pour les pays d'Europe du sud de miser sur la recherche et l'innovation pour rattraper ceux du nord (bla bla bla…) on voit bien que sur des sujets sérieux et d'avenir il y a toujours une Europe à deux vitesses et qu'on n'a pas dépassé les calculs de petit épicier qui veut la nouvelle agence chez lui sinon c'est un caca nerveux qu'il nous fait.
 
Mais revenons au cœur du sujet les avancée économiques de ce sommet:
 
   1– Le pacte de croissance et ses 120 milliards d'euro.  
 
Plus un symbole politique et un coup de bonneteau qu'une réalité économique. D’abord cela ne représente que 1% du PIB communautaire, pas de quoi relancer la machine. Ensuite ce montant se décompose en; 55 milliards de réaffectation de fonds structurels non utilisés, 60 milliards d’augmentation de la capacité de prêt de la Banque européenne et enfin 5 milliards de "projects bonds" qui seront émis cet été pour financer des infrastructures de transport et d’énergie. Deux gros bémols, les dépenses seront étalées sur plusieurs années et les 55 milliards de réaffectation de fonds structurels non utilisés sont déjà budgété en dépense et donc ne représentent pas un supplément de montant à investir.
Qui seront les bénéficiaires de cette manne? Les projets seront lancés en priorité dans des pays aux infrastructures insuffisantes, relativement peu en Europe du Sud ( car on ne compte plus les autoroutes sans voitures en Espagne ou les aéroports qui n'ont jamais vu atterrir un avion) mais surtout en Europe de l'Est, le prés-carré des entreprises Allemagne…charité bien ordonnée commence par soit même!
 
   2 – Les fonds de secours européens (FESF et le MES) pourront prêter directement aux banques et racheter de la dette des Etats en difficulté.
 
Le sauvetage des banques européennes par les FESF ou le MES en direct, c’est-à-dire sans passer par les budgets des  Etats  pour ne pas alourdir la dette publique (et provoquer la défiance des marchés) et ne pas non plus passer sous les fourches caudines de la troïka et ses exigences budgétaires, était la grande revendication espagnole dont les banques sont confrontées à l’éclatement d'une bulle immobilière.
Cerise sur le gâteau, le MES ne bénéficiera pas du statut de créancier privilégié qui aurai eu l'effet d’épouvantail pour les investisseurs privés qui se seraient retrouvés avec une créance junior (donc moins prioritaire). Ce privilège sera réservé à l'Espagne avec une excuse technique; le prêt étant consentit par le FESF qui n'a pas le statut de créancier privilégié, la créance conservera son statut juridique lors de son transfert dans les livres de son successeur le MES (d'où l'utilité pour un homme politique de s'entourer d'une équipe de technocrates pour trouver ce genre de combine).
 
Rome a obtenu des pays de l'euro qu'ils autorisent le rachat de titres souverains par les deux fonds de sauvetage de l'euro. Le but est de détendre les taux pour les pays qui, comme…l'Italie, respectent leurs engagements budgétaires. Cela tombe bien, le parlement italien venait de voter, la veille, une loi sur l’assouplissement des règles régissant le marché du travail que lui réclamait depuis un an la BCE. Cette mesure bénéficiera aussi à l'Espagne et potentiellement à de nombreux petits pays mais pas à un gros morceau comme la France. Le MES avec une force de frappe de 700 milliards est déjà sous-dimensionné face à la dette italienne de 2.000 milliards d'euro.

 

 

 

 

   3 – Une supervision bancaire prémices  d'une union bancaire

C'est en voulant sauver ses banques, sans concertation avec ses partenaires européens, que l'Etat irlandais a frôlé la faillite et c'est en mentant sur l'état réel de Bankia que l'Espagne a suscité la méfiance des marchés. Comme personne n'a envie de retenter l'expérience, d'être victime d'un bank run comme en Grèce ou de devoir recapitaliser des banques installées chez le voisin et sur lesquelles on n'a aucun pouvoir de contrôle, pire qu'on soupçonne son gouvernement de grande complaisance et d'avoir comme vil dessein de refiler le bébé à un autre, l'idée d'une union bancaire s'est imposée.
Il existe déjà une Autorité bancaire européenne (ABE) mais avec des pouvoirs très limités et qui se contente de faire des propositions de réglementation, de recueillir des informations financières que l'autorité bancaire nationale veut bien lui transmettre et d'organiser des pantalonnades qui font marrer la planète entière et qu'elle nomme stress tests.
L'Union bancaire en gestation c'est du sérieux, dans le genre FBI de la finance avec des mecs habillés en noirs qui peuvent débarquer quand cela leur chantent au siège d'une banque et exiger qu'on leur remette sur le champs les livres de compte et qui si ils jugent qu'il y a  anguille sous roche peuvent enclencher une procédure de destitution la direction, recapitaliser la banque si la situation n'est pas trop désespérée ou carrément de fermer la banque en ayant soin d'indemniser les clients grâce à un fonds de garantie européen des dépôts.
Ça c'est encore à l'état de fiction! Ce qui a été acté c'est un truc à mi-chemin entre l'ABE et la vrai union bancaire qu'on pourrait appeler supervision bancaire;  Uniquement le bâton (contrôle et sanctions) mais pas de carottes (garantie des dépôt et fonds d'aide) pire c'est pas prévu avant 2013. A noter que le Royaume-uni refuse de participer à ce projet, ses banques étant en bonnes santés et bénéficiant même d'afflux d'argent venant d’Europe du Sud, ce serait stupide de tuer la poule aux œufs d'or (le bank run). One man's meat is another man's poison (le malheur des uns fait le bonheur des autres).

Bilan

Si vous interroger un europhile en lui demandant qui sont les gagnants et les perdants de ce sommet vous aurez droit à une réponse de Normand; C'est l'Europe entière qui est gagnante.  Essayons d'aller au-delà que ce genre de rhétorique facile.

L'Espagne est la grande gagnante de ce sommet, non seulement elle préserve une apparente indépendance budgétaire, contrairement à la Grèce par exemple qui voit débarquer tous les trois mois la troïka, mais en plus elle fera financer la recapitalisation de ses banques malades par le FESF à un taux qui sera inférieur à 4% au lieu de devoir elle-même le faire en payant 7% sur les marchés financiers. Madrid bénéficiera de l'intervention du FESF ou du MES dans le cas où les taux d’intérêts auxquelles elle emprunte  flamberaient.
Deuxième gagnant l'Italie, qui à cause d'une dette publique record de 120% de son PIB, reçoit aussi l'assurance, comme l'Espagne, d'une intervention des fonds de secours européens.
L’Angleterre tire, comme a son habitude, son épingle du jeux. Toutes les mesures décidés qui assurent la stabilité du vieux continent et donc lui bénéficient, puisque qu'elle y fait une grande partie de son business, se feront sans sa contribution financière. Mieux la perspective d'une taxe Tobin renforcera la place financière de Londres.
L’Allemagne présentée; à tort selon moi, comme la grande perdante réussit le tour de force de ne pas lâcher grand chose. L'aide aux banques sera assortie de conditions – non fixées encore – et elle se fera au cas par cas.Toutes les interventions pour aider les Etats en difficultés seront facturés à au moins 3%, soit le double du prix auquel elle se finance sur les marchés, belle marge! Tout est adossé à des règles strictes de gouvernance, la carte bleue oui mais sans le code. Madame Merkel n'a en plus toujours rien cédé sur la mutualisation des dettes publiques.

Et la France?  On a souvent tort de présenter l'Allemagne comme le seul pays qui finance la solidarité nord-sud. Certes la contribution de Berlin au MES est bien supérieure à celle de Paris (27% contre 20%) mais c'est la simple conséquence du poids plus important de l'Allemagne en terme de PIB. Aucune des mesures décidés pour lutter contre la crise de la zone euro ne bénéficiera spécifiquement à la France, par contre elle finance ses aides à ses petits amis latins en empruntant des taux bien supérieurs à celui de l'Allemagne (2,59% à dix ans contre seulement 1,52% pour Berlin). La France ressemble un peu aux classes sociales moyennes; pas assez riches pour avoir les moyens de vivre confortablement mais trop riches pour profiter des prestation sociales.

 

 

 

Au moment où je termine ce papier, les taux d'intérêts à 10 ans de la dette publique de l'Italie et de l'Espagne se cotent respectivement à 5,73% et 6,37%, contre respectivement 6,20% et 6,87 la veille du sommet, soit des taux toujours insoutenables sur le long terme quand les prévisions de croissance en Europe ne dépassent pas les 1%. Le marché, seul juge de paix, avait un week-end pour digérer les annonces de ce sommet et le verdict est sans appel; pas convaincus. 

 

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