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L’Union européenne favorise-t-elle les mouvements indépendantistes?

Référendum sur l’indépendance de l’Ecosse en 2014, nette victoire des nationalistes flamands du N-VA à Anvers, Artur Mas, président de la région de Catalogne qui menace d’organiser un référendum si Madrid ne lui accorde pas plus d’autonomie en matière fiscale. Même si chaque cas est particulier et que les mouvements autonomistes ou indépendantistes sont aussi vieux que la création des Etats eux-même (Moïse n’était-il pas un indépendantiste?), ce net regain des mouvements autonomistes aux quatre coins de l’Europe n’est à l’évidence pas le fruit d’une coïncidence spatio-temporelle et on peut s’interroger sur l’influence de l’Union européenne (UE.) sur cette accès de fièvre.

C’est ce que je vais faire en focalisant mon attention sur la situation des cinq régions d’Europe les plus importantes, à mes yeux, car combinant un fort courant autonomiste et un poids économique relativement important. Donc je ne parlerai pas de la Corse ni des îles Féroé.

Que des revendications pour plus d’autonomie touchent des régions relativement riches n’a rien de surprenant dans un contexte de crise des finances publiques où l’autorité et la crédibilité des Etats centraux vacillent. Par contre ce qui est nouveau est l’adhésion d’éléments conservateurs et/ou pro-européens. Du balai! les zazous écolos ou d’extrême gauche habillés en tricot de laine bio et qui rêvent d’instaurer une petite république socialiste vivant en autarcie avec le dentiste qui se ferait payer en fromage de chèvre et l’instituteur en jambon pyrénéen ou le petit malfrat a la recherche d’une dimension romantique à ses activités de racket et de proxénétisme. Aujourd’hui l’autonomiste type porte des costumes trois pièces, a fait Harvard et rêvent d’exporter en Chine. Je caricature, je sais!

Mieux vaut avoir Bruxelles comme maître que Madrid

La première chose qui frappe, lorsqu’on écoute les débats dans les médias sur les mouvements autonomistes, est la modération apparente de ses défenseurs qui contraste avec la violence verbale de leurs interlocuteurs. Il n’est pas rare d’atteindre le point Godwin, en particulier concernant la Flandre à qui on rappelle l’attitude de ses habitants pendant l’occupation allemande.

Pourtant la principale revendication est anodine et souvent la même: l’autonomie fiscale. Enfin pas si anodine que cela, car si on considère que dans la vie il n’y a que le sexe et l’argent, c’est déjà la moitié des préoccupations de l’humanité qui changent de tutelle. Plus sérieusement, un Etat c’est souvent l’agrégation de solidarités interrégionales et la plus importante est peut-être la solidarité budgétaire, si on la supprime on risque de vider de son sens l’existence même de cet Etat.

Autant les revendications indépendantistes du Timor oriental ou du Tibet sont considérés avec bienveillance en Europe autant l’existence de mouvements similaires sur le vieux continent est mal vécu. Les autonomistes timorais ou Tibétains défendraient une juste cause quand les Catalans ne seraient de riches égoïstes et le Ligueur du Nord de l’Italie un sombre raciste. Seuls trouvent grâce aux yeux de la presse française l’Ecosse: l’ennemi de mon ennemi historique est mon ami.

Le second élément qui frappe est l’europhilie déclarée de la plupart des dirigeants autonomistes, à l’exception notable de ceux de la Ligue du Nord italienne. Un peu étrange que ceux qui se plaignent de l’immixtion d’un état central dans des affaires qu’ils considèrent comme locales et des transferts fiscaux qui opère louent l’existence de ce qui va devenir un super-état central. Mieux vaut Bruxelles et Francfort que Madrid, « Rome la voleuse » ou Londres.

En fait la contradiction n’est qu’apparente. D’abord on peut s’interroger sur la sincérité de la profession de foi pro-européenne de ces dirigeants quand on sait que malgré toutes les critiques dont elle est l’objet, l’UE attire toujours autant de candidat (de l’Islande à la Géorgie) et rassure (même dans la difficulté les 3/4 des Grecs souhaitent que leurs pays restent dans l’Union). Déclarer qu’en même temps qu’on quitte l’Etat-nation et par la même l’Union européenne – dont sa puissante tutrice l’Allemagne – c’est peut-être un choc trop brutal pour le cœur de l’électeur retraité ou petit-épargnant.

Un petit chez les autres ou un grand chez soi

Dans le bon vieux temps, les indépendantistes faisaient face à un cruel dilemme: être maître chez soi mais petit ou bénéficier des avantages d’un grand état mais devoir partager sa souveraineté. Avec la montée en puissance de l’UE, le vieil Etat-nation est peut-être de plus en plus perçu, dans les régions à « forte identité », comme un intermédiaire parasitaire. Pourquoi ne pas adhérer directement à cette super centrale d’achat qu’est l’Union? Quand la Grèce a des problèmes financiers, elle en discute avec le patron de la Banque centrale européenne, quand la France veut protéger les intérêts de ses agriculteurs avec la PAC (politique agricole commune) elle intervient directement en Conseil des ministres de l’EU. La Catalogne, elle, face à une impasse de trésorerie, doit attendre le bon vouloir de Madrid qui négocie avec Bruxelles une aide groupée pour toutes ses régions et ses banques en difficultés.

L’UE apparaît comme un concurrent redoutable des états: moins intrusif mais surtout doté de capacités financières supérieures à celles de pays comme l’Italie ou l’Espagne.

On peut reprocher beaucoup de chose à l’UE mais pas celle de maltraiter ses petits états membres.  Parce que l’UE est une sorte de fédération d’états, plus un état est petit plus il est surreprésenté dans les instances communautaires. Prenons l’exemple du Luxembourg qui, avec ses 500.000 habitants dont un très grandes part d’étrangers, a droit à six députés au Parlement européens (soit 7 fois surreprésenté si on tenait compte de son poids démographique dans l’UE), 3 voix au Conseil de l’union européenne (7 fois surreprésenté aussi), un commissaire à la Commission européenne (37 fois surreprésenté), un place au directoire de la BCE (166 fois surreprésenté!).

Formation politique% des voixSièges remportés% des sièges
23%2229,7%
21%1824,3%
18%1418,9%
11%68,1%
9% 810,8%
7%56,7
2,5%11,4%
2%0-

Viabilité, faisabilité, incertitudes juridiques  et conséquences

Chaque cas est particulier, et la situation de l’Ecosse, qui fût un royaume constitué et indépendant pendant au moins cinq siècles, ne peut pas se comparer avec celle de la Padanie, état tout droit sorti de l’imagination des dirigeants de la Ligue du Nord, qui rassemble une mosaïque de peuples très différents (Des Italiens du Nord mais aussi des Francophones dans la Val d’Aoste, des Slovènophones à l’Est ou des Germanophones  de la province de Bolzano) sans réelle histoire commune si ce n’est justement un état centralisé: l’Italie unifiée et l’Empire romain.

Personnellement, je ne crois pas qu’une seule de ces régions trouvent à court ou moyen terme le chemin de l’indépendance ou d’une très large autonomie pour des raisons de trois ordres: techniques, juridiques et électorales.

La constitution italienne interdit toute consultation sur ce sujet. Pour compliquer la chose l’Italie du Nord ou Padanie ne constitue pas une entité territoriale officielle. Il faudrait donc, dans le cas d’une consultation illégale, organiser autant de référendums que cette région compte de provinces et comme la Ligue du Nord ne rassemble plus de 20% qu’en Lombardie et en Vénétie (respectivement 22,7 et 28,4% des votes aux dernières élections européennes de 2009) les chance de succès paraissent très limitées et surtout très réduite géographiquement.

La Flandre pourrait être indépendante depuis longtemps si il n’y avait pas l’enclave francophone qu’est Bruxelles et son PIB très élevé (même si on sait que les Flamands habitants sa banlieue y contribuent grandement et constituent la majorité des états-majors des multinationales installées dans la capitale Belge). La tactique de la Flandre semble être un détricotage régulier de la Fédération belge en prenant soin de conserver une fiction d’état.

Les dirigeants écossais ont accepté les termes imposés par le Premier ministre britannique David Cameron. La question du référendum sera noir ou blanc – indépendance ou rester dans le Royaume-uni – alors que beaucoup d’Ecossais ne désirent qu’un peu plus d’autonomie pour récupérer une plus grosse part de la manne pétrolière de la mer du Nord. En fait le réveille est un peu tardif: selon des estimations officielles, les réserves exploitables britanniques en mer du Nord ne représentent plus qu’un potentiel d’environ 7,8 milliards de barils de pétrole, soit 15 années au rythme actuel de production.  la production britannique de gaz et de pétrole a chuté de 54% entre 2000 et 2010. Il fallait devenir indépendant il y a 10 ans et pas maintenant. Un choix difficile pour une région moins riche que la moyenne nationale.

L’Espagne a interdit tout référendum sur l’indépendance, donc la Catalogne et les Pays basque semblent aussi hors jeux à moins de tenter un coup de force. Et ce coup de force pourrait advenir pour Barcelone tant la situation financière de la région est mauvaise.

Peut-on devenir indépendant et ne pas quitter l’UE?

Non. Car aucune région d’Europe n’est membre de l’UE de manière directe, ce sont les Etats qui le sont et rien n’est prévu dans les textes européens pour gérer ce genre de situation. Si la Flandre fait sécession l’Etat belge ne disparaît pas, mais il ne couvre plus que Bruxelles et la Wallonie qui, de facto, restent membres de l’UE alors que le nouvel Etat flamand ne l’est pas. Francophones et Flamands pourraient s’arranger pour que l’Etat flamand naissant reste dans l’UE en échange de la reprise d’une partie de l’énorme dette belge qui sinon resterait la « propriété » de Bruxelles et de la Wallonie. Sauf que cet arrangement devrait obtenir l’accord de l’unanimité des 26 autres partenaires européens dont l’Italie, l’Espagne et le Royaume-uni trop heureux de poser un veto et d’envoyer un signal ferme aux régions rebelles: celui qui quitte le pays quitte aussi l’Union sans espoir d’y revenir.

La seule solution reste de suivre le parcours du combattant de l’adhésion qui, à priori, devrait être facilité par la conservation des acquis communautaires (socle commun de droits et d’obligations qui lie l’ensemble des États membres au titre de l’Union européenne). Le seul problème est d’éviter le veto du pays que l’on vient de quitter et qui pourrait vouloir se venger tel un conjoint éconduit.

L’Union européenne en tant qu’institution n’est ni pour ni contre les mouvements autonomistes ou indépendantistes, d’ailleurs aucun texte communautaire, à ma connaissance, n’en parle. Elle a plus une vision globale de son périmètre de souveraineté et de ses frontières externes. L’important n’est pas que la péninsule ibérique soit constituée de deux états, comme actuellement, ou de quatre, si la Catalogne et le Pays basque prennent leur envole, mais si tous les états qui la composent sont membres de l’UE. Le seul cas où elle pourrait intervenir est celui d’une guerre d’indépendance, après tout l’objectif initial de sa création est bien la paix en Europe et ce serait un bien vilain pied de nez à l’histoire alors qu’elle vient de recevoir le prix Nobel de la Paix.

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One comment on “L’Union européenne favorise-t-elle les mouvements indépendantistes?

  1. SPVereycken dit :

    Je vous conseille un petit détour par l’article de Karel Vereycken sur L’Europe de Léopold Kohr, le projet d’un fascisme universel http://www.solidariteetprogres.org/sp_article.php3?id_article=3467

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