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10.000 suppressions d’emplois chez UBS: un mal nécessaire

Alors que se tient le procès du « trader fou » Kweku Adoboli, la direction d’UBS vient d’annoncer la suppression de 10.000 emplois. D’après les premières informations parues dans la presse, seront concernés la  banque d’affaire et plus particulièrement le département taux fixes (obligations et produits dérivés liés).
Dès mardi matin des dizaines d’employés du front office à Londres (traders et sales) n’ont pu accéder le matin à leur poste de travail sans avoir reçu le moindre avertissement.

La méthode utilisée et l’ampleur des emplois perdus ont choqué plus d’un chroniqueur, et pourtant, elles sont à mes yeux, totalement justifiées.

Je sais, je sais, vous allez me dire que si j’étais à la place des gusses qui ont cru que leur badge d’accès à la banque avait été démagnétisé par accident et non pas déprogrammé par la DRH puis qui ont été obligé d’engager un repli stratégique dans un pub pour y noyer leur chagrin dans des demis de Guinness, je ne réagirais pas de la même manière. Je n’en suis pas certain, et je crois même qu’un grand nombre d’enter eux pensent comme moi et qu’ils n’ont qu’une idée en tête: négocier le plus gros chèque de départ possible et vite rebondir. A l’attention de ces journalistes je voudrais faire une petite mise au point.

La méthode peut paraitre violente et inhabituelle mais elle ne l’est pas en réalité. L’interdiction d’accès au poste de travail d’un employé mis à pied est usuel dans le monde de la finance (novlangue: un salarié dans une entreprise qui a atteint un certain niveau s’appelle un cadre, quand il est viré il redevient un employé) et largement justifiée. Un trader, contrarié et animé par des sentiments de vengeance,  peut facilement provoquer de gros dégâts financiers à son entreprise  en négociant des opérations qu’il sait perdantes à l’avance ou en prenant des positions énormes pour soigner son compteur à bonus car il sait que demain il ne sera plus là pour rendre des comptes en cas de grosses pertes.

L’impossibilité d’accéder à son poste de travail ne signifie pas pour autant que la personne perd son emploi immédiatement. Elle continue de toucher son salaire même si elle passe son temps au pub ou devant la télé et peut ainsi consacrer tout son temps à rechercher un nouvel emploi ou une nouvelle voie sans subir le stress de savoir comment elle va payer son loyer et ses factures d’électricité.

Enfin et surtout, il y a un deal à l’origine entre une banque d’affaire installée à Londres et un trader qu’elle embauche: je te paie royalement mais en échange je te vire quand je veux. Le trader peut toujours rejeter cette proposition et préférer aller bosser chez un sous-traitant de l’industrie auto dans la banlieue de Lens.

Mais revenons au fond et aux 10.000 postes supprimés. En parcourant la presse suisse, je suis tombé sur le cul en lisant les déclarations de dirigeants socialistes qui critiquent très sévèrement la décision de l’UBS. Sous prétexte que la Confédération aurait sauvé cette banque en 2008, elle aurait une interdiction morale d’ajuster ses effectifs à son niveau d’activité.
Ces gens ont la mémoire courte et oublient qu’à l’époque beaucoup de membres de leur parti s’étaient élevés contre ce sauvetage et que si Berne les avait suivi, ce n’est pas 10.000 emplois qui auraient été perdus mais 80.000, sans compter les dommages collatéraux comme la perte de confiance dans les autres institutions financières du pays. L’aide des contribuables suisses avait comme dessein de protéger les épargnants suisses, le financement des entreprises suisses, la réputations de la place financière et ses emplois et non pas de garantir l’emploi à vie d’un trader américain travaillant à Londres et se foutant de la Suisse comme moi de  ma premières barre de chocolat. Avec 75% des emplois supprimés qui concernent les implantations à l’étranger le contrat est rempli.

La gauche en pleine contradiction

Le plus amusant est que la gauche réclame plus de régulation et la diminution du volume des activités de marché : en particulier celles relatives aux opérations spéculatives. A priori ils n’ont pas intégré dans leur petite tête que les activités spéculatives, tout comme l’industrie de l’armement, du tabac ou des alcools génèrent beaucoup d’emplois. Moins de voitures c’est moins de pollution certes mais c’est aussi moins de travailleurs dans l’industrie automobile – CQFD – et la finance ne fait pas exception à cette règle de bon sens.

Pour en revenir aux salariés qui vont perdre leur emploi, je ne dis pas qu’à partir d’un certain niveau de salaire on n’a pas le droit de se plaindre mais seulement que ce n’est pas qu’au sidérurgiste lorrain de s’adapter aux nouvelles conditions de marché.

J’ai relevé avec plaisir l’intervention courageuse de la présidente de la Confédération helvétique, Eveline Widmer- Schlumpf ,qui se félicite de la volonté de la première banque suisse de « réduire la voilure » et non pas de licencier, comme certains ont cherché à lui faire dire en travestissant ses propos. L’exemple islandais devrait pourtant en faire réfléchir plus d’un. Quand une banque a des activités spéculatives dont le volume est trop important par rapport à la taille de son pays d’origine, elle fait courir de grands risques non seulement à ses actionnaires, mais cela est normal, mais aussi à ses salariés, ses clients et au final aux contribuables au nom du too big to fail, et cela est immoral.

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