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Dette souveraine à taux d’intérêts négatifs: pas si dingue qu’il n’y parait

Le club des pays qui empruntent avec des taux négatifs compte un membre de plus depuis cette semaine, le Danemark, qui vient rejoindre l'Allemagne et la Suisse. Copenhague est parvenu à placer pour 3,35 milliards de couronnes danoises (environ 567 millions d'euros) d'obligations à échéance 2014 au taux de -0,08% quand au même moment un autre royaume, celui d'Espagne, devait concéder 5,10% pour la même échéance. Pour un même investissement de 10.000 euros, le Trésor espagnol devra débourser 10.765 euros dont 765 euros d’intérêts alors que son confrère danois ne remboursera qu'environ 9.988 euros soit 12 euros de moins que ce qu'il a reçu, le monde à l'envers.


 
-0,08%! La première réaction qu'on peut avoir en lisant ce genre de nouvelle est l'incrédulité; on a dû mal comprendre l'article, c'est le journaliste de la rubrique sportive qui a pondu ce papier, il y a une coquille, il y a un loup, que sais-je encore? C'est trop beau pour être vrai, un peu comme si vous faisiez vos courses au spermarché et qu'arrivé à la caisse on vous demande si vous voulez être payé en chèque ou en espèces, que votre fils revient de l'école en vous annonçant qu'il a eu 21/20 en math ou si vous alliez dans un bordel…enfin je m'arrête ici avec les comparaisons vaseuses. En fait si cette situation est exceptionnelle, temporaire et limitée à quelques heureux privilégiés (la Suède pourrait, sous peu, aussi rejoindre ce club), il y a une explication logique et rationnelle. Mais d'abord commençons par le b.a.-ba.

 

Comment sont fixés les taux d’intérêts sur "les marchés"?

Le processus qui définit les taux auxquels les Etats ou les grandes entreprises empruntent sur les marchés financiers et celui auxquels n'importe quel quidam obtient un prêt pour l'achat, par exemple, d'une maison auprés d'une banque de réseaux sont très différents. La banque de quartier a une approche opaque et commerciale. Commerciale car les banques de réseaux utilisent souvent le prêt immobilier comme produit d'appel et n'hésitent pas à vendre à perte si elles peuvent se rattraper sur d'autres services facturés au prix fort (assurance, obligation de domicilier chez elle le salaire de l'emprunteur, etc.). Opaque car un refus est rarement justifié et qu'aucune publicité n'est faite sur les taux obtenus par les autre clients de la banque.
Le taux proposé aux particulier est compris entre deux bornes; le plancher est le coût de financement de la banque et éventuellement le montant qu'elle accepte de perdre sur un produit d'appel et le plafond est fixé par la puissance publique au travers des lois sur les taux d'usure qu'on ne peut pas dépasser (en France celui sur les prêts immobiliers à taux fixe est de 6,32% pour le deuxième trimestre 2012)
L'appel au marché par les Etats est on ne peut plus transparent. Le Trésor annonce publiquement les caractéristiques des titres à émettre (type de titres, échéance, montant à lever etc.) et les acheteurs soumettent librement leurs propositions (volume demandé et taux proposé). Les acheteurs qui proposent les meilleurs prix (taux le plus bas) sont servis en priorité. Ici c'est la simple loi de l'offre et de la demande (ou appelé loi de la jungle si vous préférez) qui s'applique et il n'y a pas de limite à la hausse ni à la baisse. Donc rien n'interdit aux  taux grecs de flirter avec les 30% et à avoir certains taux allemands négatifs.
 

Qu'est-ce qui peut poussez un financier à  se faire hara-kiri?

 

Parce que tout simplement il n'y a pas d'autres choix et que parfois même certains investisseurs en ont l'obligation (sans jeu de mot) légale ou réglementaire. De nombreux fonds d’investissement (OPCM, fonds souverains, etc.) doivent pour respecter leur cahier des charges répartir leurs placements selon des types de support, des zones géographiques, des durées de vie des titres détenus en portefeuille, des zones monétaire, etc.  Si vous devez investir en Europe, sur des titres d'Etat notés au moins AA+ par deux des plus grosses agences de notation, le choix est plutôt restreint, n'est-ce pas? Quelques pays bénéficient donc du principe des vases communicantes, ce qui n'est pas prêté à l'Espagne ou à l'Italie se dirige vers l'Allemagne, le Danemarl, la Finlande, les Pays-bas mais aussi la France. Plus les taux des premiers sont élevés et plus la pression dans le "tuyaux des liquidités" en faveur des seconds est élevé.

J'ai sélectionné quelques alternatives à mon explication que j'ai lu dans la presse et je vais essayé de vous démontrer qu'elles ne sont pas valables. Bien sûr tous ces exemples ne s'appliquent qu'à de gros investisseurs.

1) Placer l'argent dans un coffre: Si on additionne le prix d'un coffre, les primes d'assurance, le coût du transport (camion blindés et vigiles) etc., on dépasse largement les 0,08% réclamés par le Danemark pour "vous garder votre argent au chaud".

2) Placer l'argent sur un compte bancaire même non rémunéré:  Si la banque fait faillite le client perd tout et c'est pas les 100.000 euros du Fonds de garantie de dépôts (FGD) qui consolera celui qui a déposé quelques millions d'euros.

3) Placer 100.000 euros au maximum dans chaque banque pour optimiser la garantie offerte par les FGD: Dans la réalité ce fonds est notoirement insuffisant en cas de faillite d'un grand établissement ou de plusieurs banques  petites ou de tailles moyennes. La garantie offerte est en fait virtuelle.

4) Pouvoir présenter ces titres en collatéral (garantie) et ainsi emprunter à la Banque centrale européenne (BCE): Même dans le cadre du Long Time Refinancing Operation (LTRO) qui permet aux banques d'emprunter à taux discount, il est vraiment crétin d'emprunter à 1% à la BCE pour re-prêter à perte ensuite. Sans oublier que le collatéral ne se calcul pas à parité (un bon du trésor danois de 100 couronnes n'est valorisé qu'à 90 ou 95%) et que contrairement à l'idée fortement répandue, les taux offerts est variable, ce qui place l'opérateur de marché en risque de taux.

5) Parier sur l’éclatement de la zone euro. Si il y a éclatement de la zone euro ou ne serait-ce que le départ d'un ou de plusieurs canards boiteux, il est évident qu'il vaut mieux détenir des titres d'Etat des pays forts (Allemagne, Danemark dont la monnaie est lié à l'euro par le Mécanisme de taux de change européen ou même la Suisse, enclavée dans l'Eurozone) qui seraient reconverti dans une monnaie forte car si l'hypothèse se vérifiait le nouveau Deutschemark ou Euro zone Nord (qui sait comment le système monétaire serait reconstruit) se retrouverait revalorisé. Cependant même si c'est l'argument le plus solide, il comporte une grosse faille; en cas d'éclatement même les bons élèves de la zone euro ou de l'Union européenne et les pays très impliqués commercialement avec l'Euroland seraient impactés de manières négatives. Si on cherche vraiment à se protéger de la fin de l'Euro autant miser sur une ou des devises moins concernées par le capharnaüm du vieux continent, les choix ne manquent pas; Dollar américain, canadien, australien etc.
 
En fait les taux négatifs ressemblent plus à un droit de garde sur un compte-titre que n'importe quel particulier se fait prélever par sa banque.

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