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L’Estonie rejoint l’Euro: the show must go on !

Le premier janvier 2011 l’Estonie est devenue le 17ème pays à rejoindre la zone euro à un moment où certains mettent en doute l’intérêt d'une adhésion à la monnaie européenne et discutent du risque d'éclatement de la zone monétaire européenne.
 
En moins d'un siècle, l'Estonie aura connu une histoire monétaire  mouvementée, à l'instar de son histoire politique, avec six devises officielles: le rouble impérial russe (jusqu'à la fin de la première Guerre mondiale), le mark estonien (de 1918 à 1928), la première couronne estonienne (de 1928 à 1940), le rouble soviétique (de 1940 à 1992), la deuxième couronne estonienne (1992 à 2010) et aujourd'hui l'euro (pour combien de temps? l'histoire nous le dira).
Le Tigre balte est, à la fois, le dernier pays à adopter la monnaie commune à ce jour et surement avant longtemps (les prochaines candidats, Lettonie et Lituanie, ont pour objectif 2014 alors qu'aune date n'est prévue pour la Pologne, la Hongrie ou la République tchèque) et  la première ex-république soviétique à le faire.
 

Les Estoniens sont-il devenus fous? Quelles sont donc les motivations et les raisons qui ont conduit à  une décision que beaucoup jugent  inopportune voir suicidaire?

Un choix symbolique et civilisationnel

Depuis l'éclatement de l'Union soviétique et son indépendance en 1991 l'Estonie suit,  comme les pays d'Europe centrale et les autres états baltes, Lettonie et Lituanie, mais à un degré encore plus élevé, une politique d'affirmation de son identité occidentale. Cette politique est constante, quelque soit les vicissitudes de la vie politique et se traduit en particulier par le rejet de la Russie, elle s'exprime dans les domaines les plus variés et à tous les niveaux (dirigeants comme "petites gens"):
– La langue: seul l'Estonien est reconnu comme langue officielle, le russe, qui est la langue maternelle de presque un tiers de la population, ne bénéficiant que de facilité en matière enseignement en particulier. Il n'est par rare de rencontrer des russophones qui ont abandonné leur patronyme d'origine pour choisir le nom  estonien d'un grand-père ou d'un époux après un divorce.
– Les "Frères de la foret", ces partisans qui ont lutté armes à la main contre l'occupation russe mais aussi allemande sont réhabilité et considérés comme des héros nationaux
– En politique international, le pays adhère ou cherche à adhérer à toutes les organisation  où sont membres  les pays occidentaux; l'Union européenne pour la politique, l'Otan dans le domaine militaire, le commerce via l'Omc, malgré son insistance le Conseil nordique (pays scandinaves et Finlande) lui ferme toujours es portes.

L'adhésion à l'euro peut être considéré comme la cerise sur le gâteau. Quel symbole plus fort que  l'argent qu'on manipule tous les jours?

Le règlement c'est le règlement!

Depuis Maastricht les nouveaux pays rejoignant l'euro ont l'obligation de passer à la monnaie unique lorsqu'ils remplissent 5 conditions: Avoir passé avec succès au minimum deux ans dans le Mécanisme de Change Européen (MCE II), avec une parité proche de la parité centrale et respecter les 4 critères de convergence relatifs aux déficits publics, à la dette publique, à l'inflation et aux taux d'intérêts à long terme.

Le tableau ci-dessous montre que l'Estonie répond à tous les critères d'admissibilité à l'euro. Seul le critère des taux d'intérêt long terme ne peut être vérifié du fait de la quasi-inexistence  d'une dette à long terme. Pour autant devait-on respecter le "règlement" dans la période troublée que connait la monnaie unique? Je le crois  et pour deux raisons:

1- Si les règles de fonctionnement de l'union monétaire, en particulier la dette et les déficit publics, avait été respecté dès le début de la création de l'euro on ne connaitrait pas aujourd'hui les affres liées au sur-endettement des états. La première des règles  étant que lorsque un pays rempli toutes les conditions pour adhérer à l'euro il le fasse.

2- C'est une manière de montrer que la politique de l'Europe ne se fait pas à la corbeille comme aurait pu le dire De Gaule. Les "marchés" ne doivent pas penser que la zone monétaire est faible donc sans volonté ni courage pour redresser les comptes publics ce qui à terme signifierait la faillite des états mais  et qui se paierait comptant en renchérissant les coût de financement.

 

L'ESTONIE & LES CRITERES DE MAASTRICHT
Critère Objectif maximum Estonie Zone euro
Sources: Eurostat, calcul de l'auteur.
Déficit public annuel 3% du PNB 1% 6,3%
Dette publique 60% du PNB 8% 84,1%
L'inflation ne doit pas dépasser de plus de 1,5 points celui des 3 états membres ayant les meilleurs résultats en la matière 1,8% (0,3+1,5) -0,7% 1,5%
Taux intérêt à long terme: ne doit pas dépasser de plus de 2 points celui des 3 état membre empruntant aux meilleures conditions 5,4% (3,3+2) Non applicable 3,62%
Etre dans le Mécanisme de Change Européen (MCE II), avec une parité proche de la parité centrale. 2 ans 6 ans Non applicable

L'Estonie a adoptée l'euro avant même sa création

Si on considère que l'ancêtre de la monnaie unique est le Mark ,on est bien obligé de reconnaitre que l'Estonie est passé à l'Euro avant même son introduction.
La couronne estonienne est rattachée au  Deutsch Mark depuis 1992, soit un an après  l'indépendance du pays, dans le cadre de la caisse d'émission monétaire.Par ce système le pays a fixé de manière arbitraire une parité avec la devise allemande et ne s'en est jamais écarté (c'est la même technique qui avait été utilisée pour la première couronne estonienne la liant à la couronne suédoise pendant l'entre deux-guerre).
L'avantage de ce système est qu'en s'arrimant à une devise forte un petit pays bénéficie d'une stabilité monétaire, l'inconvénient est qu'il ne maitrise plus sa politique monétaire puisque c'est la banque centrale du pays de la monnaie de référence qui le fait. L'Argentine a suivit cette politique dans les année 90 avec le peu de succès qu'on connait, les Estoniens n'ont pas eu à se plaindre puisque que pendant cette période la croissance du "tigre balte" a été l'une des plus forte au monde.

L'Estonie est un pays qui est de facto extrêmement intégré dans l'espace économique de l'UE et plus particulièrement avec certains pays de la zone euro (Finlande et Allemagne) ou des pays donc la monnaies est elle-même liée à l'euro (Suède et Danemark). 65% des échanges commerciaux se font avec les autres pays de l'UE et 85% des investissements sont le fait d'investisseurs étrangers (Finlandais, Suédois et Allemand au premier rang).

L'euro est un facteur de stabilité sociale car comme beaucoup de pays aux dettes publiques contenues, la dette privée (ménages et entreprises) en Estonie est très importante (20 fois plus importante que la dette publique alors qu'elle n'est que 2 fois plus dans les autres pays de la zone euro). 88% de cette dette est libellée en euro contre 10% dans l'ancienne devise nationale ce qui faisait courir un grand risque financier aux ménages en cas de dévaluation de la couronne estonienne.

Un nouveau maillon faible pour la zone euro?

La question centrale qui préoccupe les autres Européens est de savoir si l'Estonie n'est pas une future petite Grèce ou Irlande à qui il faudra porter secours et qui "nous coûtera encore de l'argent". Cette question préoccupe aussi bien les "riches" (Européens du Nord et Français) qui ne veulent pas payer pour un nouveau PIGS que les pays pauvres du continent qui ont peur de devoir partager la manne des aides avec un nouveau venu.

Cette question n'a pas lieu d'être à mes yeux pour 2 raisons:

1- Un pays de l'UE qui connait de graves difficultés pour refinancer sa dette publique recevra une aide qu'il soit dans ou hors zone euro. Si ce pays est hors zone euro c'est l'ensemble de l'UE qui volera à son secours, si c'est un pays de la zone euro seuls les pays membres de l'union monétaire y pourvoiront (en théorie, nous avons vu que même le Royaume-uni, la Suède et le Danemark ont participé à sauvetage de l'Irlande), la facture devrait être un peu plus lourde mais vu les relatifs petits montants en jeux cela ne fera pas grande différence. On a par ailleurs vite oublié que la Hongrie fût le premier état européen à recevoir une aide de l'UE dès la fin 2008 (article 119 du traité CE, grâce auquel l’UE peut accorder une assistance mutuelle à un État membre en dehors de la zone euro….mais surprise rien n'était prévu pour les pays membres de la zone euro).

2-  Même si l'Estonie est l'un des pays les plus pauvres de l'UE et occupera l'avant dernière place au classement de la zone euro en terme de PIB par habitant juste devant la Slovaquie (Source FMI pour 2009) il ne faut pas perdre de vu que l'Irlande  avait en 2009 un PIB par habitant de 38.685 USD contre 35.930 pour l'Allemagne et 34.092 pour la France (chiffres du FMI). La richesse ne met pas un pays à l'abri d'un défaut de paiement!
L'Estonie a des finances publiques extrêmement saines avec la plus faible dette publique de l'UE,  9,6% du PNB contre un moyenne de  84,7%  dans la zone euro, 79,1% pour l'ensemble de l'UE, 124,9% pour la Grèce et 83,6% pour la France. Pour avoir un ordre de grandeur il faut savoir que la dette publique de l'Estonie d'environ 1,35 milliards d'euros représente un demi porte-avions Charles-de-Gaule ou 200 fois moins que la dette grecque.

Nul doute que les premiers pas de la petite dernière seront scrutés avec beaucoup d'attention aussi bien par les Europhobes que par les Idolâtres de Bruxelles. Un échec et c'est la preuve que l'Europe cela ne marche pas, un succès sera la démonstration que la monnaie joue un rôle positif même pour un petit pays excentré et pauvre.

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