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Taxe à 75%: la « grève » des clubs de football est légitime

BestQuel est le point commun entre Resat Dibrani, le père de Léonarda, et le milieu du football professionnel? Les deux paraissent indéfendables. Le football encore plus indéfendable en particulier depuis la fameuse grève des footballeurs de l’équipe de France à Knysna pendant la Coupe du monde 2010.

Ne connaissant pas le dossier du plus illustre des citoyens Kosovars, mon propos ici est d’expliquer pourquoi les dirigeants du football français ont des raisons légitimes d’être vent debout contre le projet du gouvernement de taxer les salaires supérieurs à 1 millions d’euros à 75%. C’est ma manière à moi de répondre à la déferlante de critiques virulentes, exessives et trop souvent de mauvaise foi que mon sport favoris connait depuis l’annonce d’une « journée blanche », le 30 novembre prochain. Articles de presses, chroniques à la radio et à la télévision, interviews d’hommes politiques de droite et de gauche (les premiers trop heureux de taper sur des joueurs de couleur et les seconds sur des frimeurs qui roulent en Ferrari). Les attaquent fusent de toutes parts mais avec un point commun; leurs auteurs ne connaissent pas leur sujet mais ne peuvent pas résister à l’opportunité qui leur est offerte d’être pour une fois « en phase » avec l’opinion publique.

          Quelques points techniques pour mieux comprendre ce conflit

– Il ne s’agit pas d’une grève mais d’un lock-out des entreprises.  Les salariés (du footballeurs aux jardiniers toucheront l’intégralité de leurs salaires). Les matchs ne seront pas annulés mais reportés à une date ultérieure.
– La taxe de 75% sur les salaires supérieurs à 1 millions d’euros ne s’applique pas à l’intégralité du salaires mais à la tranche supérieure à ce montant. Ce n’est pas le salarié qui paiera cette taxe mais son entreprise.
– Le montant total de la taxe est plafonné à 5% du chiffre d’affaire par entreprise. Un petit tour de passe-passe de dernière minute pour calmer les inquiétudes des dirigeants des clubs de foot en limitant la facture…une mesure qui au final est plus perçue comme une faiblesse du gouvernement que comme un acte de pragmatisme.
– Monaco est un Etat indépendant, les reformes fiscales françaises ne s’appliquent donc pas directement au club de Monaco.

L’effet de ruissellement

On peut légitimement s’étonner que la totalité des clubs professionnels se soient mobilisés pour un combat qui ne concernerait que 5 ou 6 clubs de Ligue 1. En l’état actuel des choses, le PSG  paierait 20 millions d’euros, l’OM, Lille et Lyon environ 5 millions. La majorité des clubs de la Ligue 1 se situant sous le million de taxes à payer dont six qui ne paieraient rien. Cette analyse rapide fait fi de l’effet de ruissellement entre les clubs riches et les clubs, relativement, pauvres et des solidarité économiques mise en place dans le football en particulier entre le football professionnel et le football amateur. Même clubs non soumis à la taxe de 75% auront à subir des pertes de recettes lié au désengagement de leurs sponsors, à la baisse prévisible des redevances payées par les chaines de télé et à une baisse des recettes de billetteries.

Beaucoup de voix affirment que pour échapper à cette taxe les clubs n’ont qu’à revoir à la baisse les salaires des meilleurs joueurs. Une telle politique conduirait à la fuite des meilleurs joueurs vers les championnats anglais, espagnoles, italiens ou allemands. Une baisse du niveau de la ligue d’élite aurait des conséquences significatives sur les recettes des clubs de football, même si il est très difficile de les chiffrer. 2/3 des recettes proviennent des droits télé,  20% des sponsors et un petits 10% du publics. Si l’on veut éviter le syndrome scandinave (les publics suédois, norvégiens et danois ont plus d’intérêt pour Manchester United, Liverpool ou Chelsea que pour leurs championnats nationaux) le championnat français doit être sportivement compétitif face à ses principaux concurrents européens.
Les clubs de sports, contrairement aux banques ou aux joueurs de tennis, ne peuvent envoyer leurs traders à Londres ou avoir des joueurs qui élisent domicile à Monaco. Encore que dans le passé on a vu des équipes de sports collectifs aux U.S.A. changer de villes pour des raisons financières. Les Houston Oilers ont quitté le Texas pour s’installer à Memphis en 1997.

Une idée revient en boucle, les actionnaires des clubs de football sont tellement riches, on pense bien évidemment au Qatar, qu’ils n’hésiteront pas à remettre au pot en cas de perte. Cette idée un peu naïve car  même les riches savent compter et sont sensibles à la qualité de leurs investissements et à la notions de rentabilité financière…c’est peut-être même avec cette philosophie qu’ils sont devenus riches ou qu’ils le sont restés. Cette musique qu’on peut entendre ignore totalement les nouvelle règles de Fair play financier que l’UEFA a mis en place sous l’impulsion d’un Français, Michel Platini, et qui limite grandement la possibilité pour un actionnaire de renflouer à fond perdu un club de football.

Une autre idée occupe aussi beaucoup certains esprits ignorants, le milieu du football a des revendications égoïstes et il n’y a aucune raison d’accepter des dérogations, toutes les entreprises doivent être traitée sur un pied d’égalité. Par nature une revendication catégorielle est toujours plus ou moins « égoïste ». Les Bretons qui manifestent actuellement contre l’Eco-taxe demandent bien une dérogation pour la …Bretagne et ne remettent nullement en cause les investissements dans les infrastructures de transports que l’Etat prévoit de lancer dans leur région avec l’argent collecté par la même taxe mais appliquées aux autres régions de France. Nos amis Bretons ont déjà obtenu une ristourne de 50% sur cette taxe et personne ne s’en émeut. Le même raisonnement est valable pour les cheminots de la SNCF ou les aiguilleurs du ciels.

Une taxe absurde pour l’économie toute entière

Ce n’est pas l’idée de taxer les footeux qui est absurde mais cette taxe à 75%, dans un monde ouvert et dans une Europe régit par la règle de la libre circulation des biens, des capitaux, des hommes et donc des talents, qu’il l’est. Si le MEDEF s’est assez peu mobilisé contre cette taxe c’est que ce syndicat sait que ses rares adhérents qui offrent de tels salaires ont déjà trouvé la parade à 2 ou 3 heures de Paris en TGV par exemple.
Le sport en général et le football en particulier, surtout en France, pâtit toujours de son image d’activité parasitaire car subventionnée avec l’argent public (ce qui n’est quasiment plus le cas pour les gros clubs) et offrant des revenus immérités à des gamins incultes et arrogants alors qu’un changement radical s’est opéré depuis au moins 15 ans. Le foot est une composante essentielle de l’économie de l’entertainment  et doit être considérer avec le même respect que l’industrie du cinéma ou de la création de jeux vidéo.

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