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Le bilan contestable du Docteur DSK au FMI

Autant la culpabilité de Dominique Strauss-Khan dans l'affaire de la chambre d'hôtel du Sofitel et son comportement vis à vis des femmes font débat, autant son bilan à la tête du FMI semble faire l'unanimité, si on excepte quelques troublions comme Mélanchon. Il y a comme une présomption de bonne gestion et une odeur de nécrologie dans l’éloge panégyrique de l'actions de DSK au FMI qu'on nous sert chaque matin dans la presse. Au mieux cela fait naitre un malaise et au pire éveille la suspicion.
 
Mon intention n'est pas de "frapper un homme à terre" – je fais le distinguo entre son action à la tête du FMI et ses démêlés judiciaires comme personne privée – je m'interroge plutôt sur ce consensus médiatique qui fait ressembler des articles de presse de grands journaux et magazines à de vulgaires publi-reportages rédigés par un spin doctor. En effet, quelque que soit le journal, le style et la structure des articles sont les mêmes, le fonds aussi à quelques nuance près, là où un journal de droite soulignera la "pensée commune" avec le président Sarkozy, celui de gauche mettra l'accent sur la coloration keynésienne de l'action Strauss-Khanienne, mais tous ont en commun de ne parler que des réussites supposées et des chantiers non terminés que "notre sauveur aurait pu accomplir, si il n'avait été stoppé dans son élan par les accusations d'une femme de ménage immigrée guinéenne et mère célibataire de surcroit". On nous assène des "vérités" qui ressemblent fort à des slogans, il n'y a pas de place à la critique. Comme Jean Bothorel, je crois que "le consensus c'est l'aliénation joyeuse".
 

J'ai essayé de recenser les principales actions menées par l'ancien maire de Sarcelles et présentées comme des réussites par la presse écrite en particulier et j'ai des doutes….
 
Quand Dominique Strauss-Kahn prend les rênes de l’organisation internationale en 2007, l'institution est dans le rouge avec un déficit de plus de 200 millions de dollars. Le FMI a même connu un plan social.
 
Le FMI est une grosse machine de 6.000 salariés avec des coûts fixes importants et pour être bénéficiaire cette banque un peu spéciale doit prêter, aux états qui connaissent des difficultés, beaucoup et avec des intérêts élevés. Donc plus la situation économique mondiale est bonne, moins les états demandent des prêts au FMI et moins le FMI accorde de prêts, moins il  fait de bénéfices voir connait des pertes. Ainsi plus l'économie mondiale se porte bien et moins le FMI gagne de l'argent. Est-ce préférable que la planète et ses 6,5 milliards d’habitants soient prospères ou que  le FMI et ses 6.000 fonctionnaires internationaux fassent des bénéfices? Concernant les salariés du fonds, un plan de départ volontaire en a concerné une centaines, dont une certaine Piroska Nagy, mais avec 1 an et demi d'indemnités de salaire à titre d'indemnités, ils ne sont pas à plaindre. 
 
Dominique Strauss-Kahn a remis le FMI au centre du jeux économique mondial
 
Est-ce Domenech qui a emmené la France en finale de la coupe du monde 2006 ou l'équipe de France qui a emmené Domenech en finale? Même raisonnement pour DSK. C'est la crise financière qui a remis le FMI au centre du jeux et pas l'inverse. Cela aurait été le cas avec n'importe quel autre directeur puisque, depuis 1976 et les accords de la Jamaïque, l'objectif attribué au fonds est soutenir les pays connaissant des difficultés financières.  Par ailleurs il ne faut pas oublier que l'Europe s'est aussi mobilisée et qu'elle a prêté à la Grèce ou à l'Irlande pour des montants plus importants que ne l'a fait le FMI.
 
Le FMI est devenu plus démocratique
 
Démocratique est un bien grand mot et surtout inapproprié pour un organisme dont la désignation de sa directions ne se fait pas et ne se fera jamais au suffrage universel. Le rééquilibrage des droits, pour tenir compte du poids économique relatif des différents pays membres du FMI, au profit des pays émergents est une action qu'on ne peut retirer de l'actif de DSK avec deux nuances toutefois. D'abord ces rééquilibrages ont toujours existé, le Japon, pays ruiné au sortir de la deuxième guerre mondiale, n'est pas devenu le deuxième actionnaire du fonds en une réforme. Autre nuance, si les pays émergents ont bénéficié de cette réforme, les grands équilibres sont restés les mêmes et la domination Europe-USA sur l'institution demeure.
Cette réforme ne fait pas que des heureux d'ailleurs, revers de la médaille, ce rééquilibrage de pouvoir au sein du FMI pousse maintenant les grands états émergents à demander que le future directeur du FMI soit désigné selon des critères de compétences et ne soit plus attribués de manière systématique à un Européen. Proposition combattue vigoureusement par tous les Européens y compris ceux qui félicitent DSK d'avoir donné plus de pouvoir aux émergents!
 
DSK a rompu avec la tradition d’orthodoxie libérale du FMI pour un politique Keynésienne.
 
George W. Bush a aussi rompu avec l'orthodoxie libérale pour devenir, en venant au secours des banques en particulier, le chef d'état qui aura le plus nationalisé au monde depuis la révolution soviétique. DSK a dès 2007 incité les états à appliquer une politique de relance et à venir au secours de leurs banques en difficultés. Conseil suivit 5/5 en Grèce, en Espagne, au Royaume-uni, en France et Irlande par exemple, avec comme résultat des déficits qui explosent et qui poussent certains de ces pays au bord de la faillite. L'Allemagne, dont la chancelière Angela merkel s'est souvent opposée à Strauss-Khan, ne suivra pas à la lettre la politique préconisée par celui-ci, aujourd'hui on peut voir que Berlin se sort de la crise beaucoup mieux que le reste de l'Europe.
 
DSK a sauvé la Grèce et l’Irlande de la faillite
 
A coup non pas de gels des salaires et des pensions mais carrément en les réduisant. Soit en appliquant la même recette que préconisait un Michel Camdessus, honnis par la gauche, au Mexique, à la Turquie ou au Brésil à la fin des années 90. Par ailleurs la Grèce discute de nouvelles mesures d'austérité et l'Irlande réclame toujours une baisse des taux d'intérêts sur les prêts obtenus lors de son sauvetage en 2010 par le Fonds de stabilisation européen. Aucun de ces pays n'est pour l'instant à l’abri d'un défaut de paiement et pour la première fois le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, s'est dit ouvert à l'idée d'une restructuration partielle de la dette grecque. On a sauvé la Grèce et l'Irlande pour un an au plus.
 
Si le président Sarkozy avait pu prévoir cette crise, et la formidable opportunité pour le leader socialiste de se mettre en valeur dans une posture de sauveur du monde, nul doute qu'il aurait appuyé la candidature du ministre des finances du Burkina-Faso ou celui d’Ossétie du sud.
DSK s'est trouvé au bon moment et au bon endroit. Il s'est servi du FMI et de la crise comme tremplin pour ses ambitions politiques nationales mais n'a résolu aucun problème en profondeur. DSK ne s'est jamais montré avar de conseils avec les pays étrangers pour reculer l'âge du départ à la retraite des travailleurs, diminuer le nombre de fonctionnaires ou leurs salaires mais refusant toujours de répondre à ceux qui lui demandaient si cela était aussi valable pour la France. Il n'a pas été plus mauvais qu'un autre, c'est certain, mais il n'a pas été le sauveur de la planète comme essaie de nous l'enfoncer dans le crâne la presse, ni l'homme providentiel seul apte à sauver la France.
 
On peut se poser la question de savoir si toutes ces louanges adressées au patron du FMI ne servent pas, pour les hommes politiques de droite comme de gauche, Français comme Européens, à se déculpabiliser de l'avoir envoyé à Washington et pour les journalistes français à faire oublier les enquêtes qu'ils n'ont pas mené suite aux rumeurs sur le comportement "border line" avec les femmes du dirigeant socialiste sous le prétexte de protéger la vie privée d'un homme politique.
 
Si on ne connait pas l'issu du procès qui va opposer DSK à Ophélia, la femme de ménage de l’hôtel Sofitel, on sait déjà que l'ancien directeur du FMI est devenu l'Homme providentiel et irremplaçable. Le monde passe le cap de la crise économique sans grabuge, on le félicitera, qu'un seul pays européen fasse faillite et on dira que sa cruelle absence en est responsable.
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