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Puerta del Sol: Le choc des générations?

Depuis deux semaines des milliers de jeunes Espagnols, se faisant appeler "Los Indignados" ("les indignés" en français, c'est facile l'espagnol!), occupent la Puerta del Sol, place située au cœur de la ville de Madrid et haut lieu symbolique puisque c'est le kilomètre zéro, le point à partir duquel sont calculés les distances entre les villes du pays. C'est aussi le point de départ d'un mouvement qui touche maintenant le pays tout entier et qui s'étend même à quelques capitales européennes comme Paris, Berlin ou même Prague!
Jusqu'à aujourd'hui, la presse avait assez peu parlé de ce mouvement, surement était-elle trop occupée avec le DSKgate, peut être aussi qu'il est plus facile de cogner sur Ben Ali ou Khadafi que sur le sympathique et si consensuel Zapatero.
l'Espagne de José-Luis n'est ni la Tunisie ni la Libye. Elle est bien plus riche que la première et les droits de l'homme y sont bien plus respectés qu'au pays du guide suprême. Et pourtant, les revendications des jeunes espagnols et celles de la "rue arabe" sont présentées par les médias comme assez semblables. Mais n'est-ce pas qu'une apparence renforcée par l'analogie qu'on peut faire entre  la place madrilène et la place Tahir au Caire?

Un jeune sur deux au chômage: le cancer de l'Espagne
   

La lecture des évènements que je vous propose a comme trame, non pas une classique revendication sociale et politique commune à la plupart des pays de la planète (chômage, revenus, mode de scrutin électoral, etc.) mais quelque chose de beaucoup plus grave: un choc générationnel.

Quand on compare la situation économiques des différents pays de l'Union Européenne, on est frappé par la singularité de l'Espagne en matière d'emploi. Madrid a le plus fort taux de chômage en Europe, y compris les nouveaux entrants de l'Est et cela depuis des décennies. Selon les derniers chiffres d'Eurostat, 20,7% de la population est sans emploi alors que ce taux se situe à moins de 10% pour l'ensemble du continent, même des pays post-soviétiques comme la Lituanie et la Lettonie font mieux. Mais il y a encore plus frappant, le taux de chômage des moins de 25 ans qui atteint les 44% et laisse penser que ce sont les jeunes qui sont la variable d'ajustement face à la crise économique. Il faut dire que l'Espagne a une législation du travail très protectrice pour les salariés et que cela nuit à ceux qui veulent entrer sur le marché du travail. Pour protéger les "vieux" en place on sacrifie les jeunes.

Pas de travail donc pas d'argent ou si peu, pas d'argent donc pas de logement indépendant (alors que le pays dispose d'un million de logements vides) ni d’accès à la société de consommation, CQFD.
Non seulement les jeunes reprochent à leurs aînés de ne pas leur offrir la place qu'ils pensent mériter, mais avec l'explosion des déficits publiques, ils se demandent si ils ne vont pas leur laisser une bombe à retardement avec une dette publique – de 60% du PIB, encore inférieur à la moyenne communautaire certes, mais qui croit bien plus vite que celles de ses partenaires européen -.
A propos, les jeunes qui occupent la Puerta del Sol, savent-ils que le surnom qu'ils se sont donnés par référence au livre Indignez-vous! a été écrit pas un homme de 93 ans?


Les Indignados, des indigents de la pensée politique

Quand on lit le manifeste publié par les Indignados ou les listes de leurs revendications, on ne peut être que surpris par la platitude et l’indigence du discoure et la naïveté  des revendications exprimées, on touche le degré zéro de la politique. Je ne m'attacherais pas à la forme – Cervantès doit se retourner dans sa tombe – mais au fond, si on peut parler de fond. On a droit à une liste à la Prévert qui exprime un mal être, la description de souffrances – pas de boulot, pas de logement, le "droit à la consommation des biens nécessaires à une vie saine et heureuse" (je suppose que c'est d'une Play-station dont on parle!) mais rares sont les propositions précises et concrètes pour atteindre ces objectifs, à part peut-être le doublement du Smic ou la mise sous tutelle des agences de notation, mais dans les deux cas on est dans la science-fiction. J'exagère un peu, il y a une revendication récurrente concernant le mode de scrutin majoritaire qui devrait être réformé, car il ne permet pas aux petits partis, dont les jeunes sont si friands, d'avoir des représentants élus. Un peu d'entrisme de la part des Verts et de l’extrême gauche sur un mouvement dit apolitique peut être?

La réponse de Zapatero…attendre que le mouvement s'essouffle

"Si j'avais 25 ans, je serais avec ceux de la Puerta del Sol" affirme Zapatero, sauf qu'à 25 ans ce fils de notable était déjà un vieux routier de la politique et qu'un an plus tard il était élu député. Le plus affligeant est qu'en disant cela le chef du gouvernement espagnol avoue son impuissance, sa marge de manœuvre est nulle aussi bien dans le domaine économique que politique. Car avec la crise de la dette publique qui a déjà fait quelques victimes en Europe (Grèce, Irlande, Portugal…) l'état espagnol ne peut pas faire de politique de relance comme une augmentation généralisée des salaires ou des embauches massives de fonctionnaires. Un peu ennuyeux quand on voit que 80% des revendications sont d'ordre économique.
Le gouvernement pourrait prendre des mesures pour encourager ou contraindre les entreprises à embaucher des jeunes, mais cela ne se ferait qu'au détriment des plus anciens, déshabiller Pierre pour habiller Paul.
Modifier le système électoral espagnol comme le réclame le manifeste des Indignados, c'est ouvrir la boîte de Pandore à des crises politiques comme la Belgique en connait actuellement. L’Espagne est un pays aux sentiments régionalistes très fort et un système proportionnel, même atténué, favoriserait les autonomistes. D'autant plus que la crise économique est rude mais que certaines régions s'en sortent beaucoup mieux que d'autres. Le parti socialiste au pouvoir mais aussi le parti Populaire, le grand parti conservateur, sont très satisfaits du système électoral actuel, qui leur permet grâce à une alternance quasi systématique d'être assuré de diriger le pays au moins tous les 10 ans.

Il ne reste à ZP (surnom de Zapatero) et aux autres dirigeants européens qu'une seule chose à faire, attendre que le mouvement s'essouffle pour le premier et espérer qu'il ne s'étende pas au reste du continent pour les autres. Le risque d'entrer dans un cercle vicieux, instabilité sociale provocant une détérioration des conditions d'emprunt des états qui à sa tour conduit à une aggravation du climat économique etc.

Une adaptation télé des Indignados

Le mouvement des Indignados me fait furieusement penser à une série de science fiction populaire des années 70, L'âge de cristal, j'y voit une similitude symbolique assez amusante.
Le synopsis du film est très classique et convenu; L'action se passe dans un monde post-apocalyptique où les hommes vivent enfermés sous un dôme isolé du monde extérieur, consacrant uniquement leur existence au plaisir. Afin de limiter la surpopulation, la vie des individus est limitée à 30 ans, âge auquel chacun est invité à une cérémonie publique appelée le carrousel, où sous couvert de renaissance, les trentenaires sont exécutés. La société est dirigée par une oligarchie composée d'une poignée de vieillards qui prétendent défendre l'intérêt général et auxquels le couperet des 30 ans ne s'applique pas, bien sure. Heureusement un réseau de personnes qui connaissent la vérité et refusent de vivre un tel destin organisent l'évasion des presque trentenaires. Logan, un « limier » est chargé de traquer les réfractaires. On lui confie la mission de se faire passer pour un fugitif afin de découvrir l'emplacement d'un lieu nommé « Le Sanctuaire ». Il entre pour cela en contact avec une jeune fille, Jessica (responsable de mes premiers émois d'adolescent avec ses mini-jupes..le réchauffement de la planète n'a pas que des inconvénients!), qu'il convainc de l'aider. Tous deux finissent par découvrir que le carrousel est effectivement un leurre et que le monde extérieur, réputé mortel, est en réalité tout à fait habitable.

Quel rapport avec les nos Indignados? Voici ma libre interprétation des éléments symboliques du film vers ce que je perçois du  mouvement de la Puerta del Sol.

– L’apocalypse c'est la crise des subprimes qui a ravagé le monde économique.
– Le dôme qui isole du monde extérieur c'est l'Union Européenne, club de pays riches, qui normalement devrait protéger les euro-citoyens des malheurs que pourrait connaitre le reste de la planète.
– La vie consacrée au plaisir c'est mon petit clin d’œil à Angela Merkel qui se plaint que les citoyens des pays comme l’Espagne prennent trop de vacance et partent à la retraite trop tôt.
– La limite des 30 ans c'est les critères de Maastricht à ne pas dépasser.
– La cérémonie publique appelée le carrousel, où sous couvert de renaissance, les trentenaires sont exécutés c'est les grandes cérémonies – G20, G8, réunion des chefs d'états européens etc. – où, sous le prétexte d'aider un pays, on lui impose un remède qui tuerait un cheval.
– L'oligarchie qui dirige le monde mais auxquels ne s'applique pas la règle des 30 ans c'est "la finance mondiale" qui promeut un libéralisme débridé et le moins d'état possible, sauf quand un des siens, une banque, fait faillite.
– Le réseau de résistants c'est les Indignados.
– Logan le flics infiltré c'est les hommes politiques, ceux de gauche en particulier, qui soutiennent les mouvements sociaux et les revendications des plus défavorisés mais qui, quand ils sont au pouvoir, appliquent une politique libérale en trouvant comme excuse que "c'est juste temporaire et qu'il faut bien s'adapter aux réalités économiques du monde".
– Jessica la jolie fille en mini-jupe c'est …Maria, Beatriz ou Dolores, il y a toujours des nanas jolies et sexy dans ce genre de mouvement qui critique l'ultra-libéralisme sauf en matière de sexe.
– La découverte du monde extérieur, réputé mortel, est en réalité tout à fait habitable c'est le moment où le peuple découvre qu'il y a une alternative viable à l'économie de marché.

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