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JPMorgan: Une baleine dans un verre d’eau

Moins 9,28% de baisse sur le titre JP Morgan vendredi 11 mai suite à l'annonce d'une «erreur grossière » de trading. La perte devrait se situer, selon Jamie Dimon le Pdg de la banque new-yorkaise, à 2 ou 3 milliards de dollars (un demi Kerviel), la la bourse a eu la main lourde pour marquer sa défiance; la capitalisation de la première banque américaine fond de plus de 14 milliards de dollars soit presque cinq fois plus le pire des scénarios présentés. Comme d'habitude le marché sur-réagit et lundi, à coup sûr, la banque sera dans le peloton de tête des plus fortes hausses à Wall street. Le marché aime brûler aujourd'hui ce qu'il a adoré hier et vice versa. 
 

Je n'ai pas pris ma plume pour pleurer sur le sort de JP Morgan. D'abord la perte annoncée ne représente "que" deux mois de bénéfice – en 2007 la Société générale avait perdu une année de bénéfice -, ensuite la perte semble avoir pour origine des activités de trading sur CDS, pour se couvrir et non pas pour spéculer selon la banque (ce que personne ne croit) et enfin c'est toujours jouissif de voir ce premier de la classe, souvent arrogant de surcroit, se prendre une gamelle. Cerise sur le gâteau ce n'est pas une banque française et on ne va pas nous demander de remettre au pot (il y a déjà Dexia qui nous pend déjà au nez).
Si cet événement somme toute banal (j'ai une liste longue comme le Danube de banques qui se sont vautrées avec une perte de trading, JP Morgan n'est ni la première ni la dernière) a attiré mon attention, c'est à cause de la cinématique devenu extrêmement classique de cette affaire.
 
1- D'abord il y a la rumeur. Un trader français basé en Angleterre et surnommé "la baleine de Londres" aurait accumulé 100 milliards de positions ouvertes et 3 milliards de perte potentielle. Je ne cite pas le nom de cette personne car même si son nom apparait dans la presse entière, je trouve dégueulasse de jeter un nom en pâture alors qu'aucune action en justice n'a été engagé et donc que rien ne laisse supposer qu'il ait accomplit un acte répréhensible. Prenez cela dans les dents les journalistes.
 
2- Alors que d’habitude les directions adorent le "nous ne réagissons jamais à des rumeurs de marché", la banque parle de "tempête dans un verre d'eau". Ce qui veut dire qu'elle reconnait qu'il a un problème mais minimise l'ampleur de la perte. Un verre d'eau pour une banque de cette taille c'est généralement 300 ou 400 millions de dollars, un truc qui affecte à peine le résultat annuel.
 
3- La banque reconnait la perte et charge un lampiste. Ni trop haut pour ne pas foutre le bordel au niveau de la direction générale et laisser penser que la banque est mal dirigée mais pas trop bas non plus pour que l'histoire soit crédible. La banque rappelle que la perte, même si elle est énorme, est gérable et ne remet pas en cause  la solidité de la maison et que au contraire cela va les sortir de leur torpeur et qu'ils vont être encore meilleurs. La concurrence tremble déjà en entendant ces phrases.
 
Il arrive que cela se termine par la démission du numéro un de la banque à la suite du longue polémique médiatique où des hommes politiques à la mémoires courte essayent de se redonner une virginité, mais ici on est aux Etats-Unis et ce sont les actionnaires qui décident.

En fait ce que j'ai trouvé de plus révoltant et de plus drôle à la fois est la déclaration du patron de JP Morgan disant qu'il avait découvert le problème de gestion en lisant un article du Wall Street Journal. Ma première réaction a été l'incrédulité; à quoi peuvent donc bien servir le reporting, les auditeurs, les inspecteurs et puis dans un second temps je me suis dit que certaines structures fonctionnaient peut-être comme la France du Dauphin Charles avec des féodaux très puissants et un roi faible qui n'est roi que par le titre. Si le conseil d'administration de la banque cherchait un motif pour virer son Pdg, Jamie Dimon leur en a livré un sur un plateau.
 

Paradoxalement, c'est peut-être en France que cette affaire aura le plus de conséquences. Nos hommes politiques, beaucoup plus interventionnistes que dans les pays anglo-saxons et cela quelque soit leur appartenance politique, ne manqueront une telle occasion de proclamer qu'il faut "dompter la finance folle". Le parti socialiste en particulier a besoin de montrer que les années de déréglementation initiée par la gauche dans les années 80 et 90 c'est bel et bien finit; le candidat Hollande n'a-t-il pas d’ailleurs inscrit dans son programme une loi de séparation des activités bancaires. Le capitaine de pédalo sera-t-il plus fort que la baleine?
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