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L’Union européenne doit-elle renégocier le plan de sauvetage de l’Irlande?

Septembre 2008, l'Irlande décide unilatéralement et sans en avertir ses partenaires de l'Union européenne, la mise en place d'une garantie de deux ans pour six de ses grandes banques nationales afin de protéger son système bancaire de la crise financièrement et bancaire qui secoue la planète. Colère des autres capitales européennes, en particulier Londres et Berlin, qui jugent cette initiative discriminante pour les banques non -irlandaises. Finalement Dublin élargira quelques semaines plus tard sa protection à quelques banques étrangères opérant sur son territoire.
Cette mesure a bien fonctionné..même trop bien, car finalement l'état irlandais a hérité d'une montagne de pertes bancaires et a nationalisé ses grandes banques qui sinon auraient fait faillite. Résultat: le déficit public explose à 32% du PIB en 2010 (à comparé à 7% pour la même année pour la France). Rien que le coût de sauvetage de l'Anglo Irish Bank se monte à 34 milliards d'euros soit 15% du PIB irlandais. En trois ans la dette publique irlandaise est passée de 25% du PIB, l'un des plus faible d'Europe, à 98% du PIB en 2010.

Dans ces conditions un plan de sauvetage de 85 milliards d'euro financé par l'UE et le FMI sera annoncé en novembre 2011.

 
Lors du sommet de Bruxelles qui s'est tenu en mars 2011, alors que les dirigeants européens ont accepté de réduire de 5,2% en moyenne à 4,2% le taux d'intérêt des prêts européens accordés à Athènes dans le cadre du plan de sauvetage et en allongeant de trois ans à sept ans et demi ses délais de remboursement, l’Irlande qui espérerait recevoir les même faveur est repartie bredouille. Et pour cause, plusieurs dirigeants européens, et non des moindres -N. Sarkozy et A. Merkel en autre-  ont demandé sans succès à ce que Dublin révise à la hausse  sa politique fiscale sur les entreprises.

 

Comme la Grèce, Dublin doit-elle obtenir de meilleures conditions de prêt? Non.

 
L’Irlande veut jouer gagnant sur tous les tableaux: maintenir un taux d'imposition sur les sociétés très bas et se faire financer à moindre coûts son déficit par ses partenaires européens.
 
La politiques de dumping fiscal sur les sociétés  permet à Dublin d'attirer de grandes entreprises internationales et surtout américaines (comme Dell ou Google) et de siphonner des taxes qu'elle devrait légitimement partager avec les pays où ces sociétés vendent leurs produits ou leurs services. Est-il normal et juste que l’Irlande "ramasse" la tva pour un service vendu dans un autre pays de l'UE?  En attirant de grandes entreprises de hautes technologies Dublin bénéficie aussi de travailleurs hautement qualifiés dont la formation a était en grande partie assurée et financée par les autres pays européens.  Est-il normal qu'un ingénieur français formé en France et travaillant en Irlande perçoive, en cas de perte d'emploi, des indemnités de chômage  versées par le système social français alors qu'il a payé ses impôts à l'état irlandais pendant sa période d'activité et qu'il n'a jamais cotisé aux Assedic. Le tigre celtique a construit sa croissance et sa prospérité sur le dos de ses partenaires européens.
 
Dans le cadre du plan européen de sauvetage l'Irlande paie un taux de 5,8% ce qui peut paraitre élevé quand on sait que des pays comme l'Allemagne et la France ne paient "que" 3%.  Cependant il faut bien avoir à l'esprit que d'autres pays européens participent aussi à ce plan et qu'ils ne bénéficient pas tous des mêmes conditions favorables que Berlin. Fin mars 2011, Rome empruntait sur les marchés financiers à 4,80% sur 10 ans. Peut-on demander à l'Italie de prêter à l'Irlande au même taux qu'elle se refinance elle-même, sans tenir compte d'une prime de risque si les Irlandais refusaient d'honorer leurs dettes et en faisant abstraction du fait que ce supplément d'emprunt des Italiens pour les Irlandais augmente le taux d'endettement des premiers et donc aggrave les conditions auxquelles Rome a accès au marché financier ? Si ce plan n'existait pas l'Irlande devrait se financer, selon certains économistes, à 9 ou 10%, 5,8% soit presque moitié moins est donc un sacré cadeau que l'Europe leur fait contrairement à ce que beaucoup disent.
 
Augmenter la fiscalité sur les société serait se tirer une balle dans le pied pour l'Irlande car beaucoup de grandes entreprises sont venues attirées par des conditions financières très favorables, d'ailleurs l’ile n'est pas la seule en Europe à pratiquer cette politique, la Slovaquie ou Chypre font la même chose. Voilà une opinion qui est largement partagée en Irlande à droite comme à gauche. Cette affirmation est peut-être vraie mais c'est un problème que l'Irlande doit régler seule. D'abord si la Slovaquie et Chypre pratiquent un dumping fiscal équivalent à ce que fait l'Irlande, il ne demandent pas à l'UE de venir boucher les trous laissés par une politique fiscale accommodantes, ils assument leurs choix. Tous les acteurs économiques d'un pays – du simple particulier à la grande multinationale – doivent participer au budget de la nation en fonction de leurs capacités financières. Et si un de ces acteurs refusent de le faire ou bénéficie d'une exemption, le manque à gagner pour le budget de la nation ne peut être présenté à un pays tiers qui n'a rien aucun droit de regard sur la politique fiscale de ce pays.
 
Du 7 au 9 se tiendra à Budapest une réunion informelle entre les ministres des finances européens, le ministre irlandais des Finances irlandais Michael Noonan tentera sans aucun doute de négocier à la baisse le taux d'intérêt des prêts consentis à Dublin par l'Union européenne. Je pense et surtout j'espère qu'il n'y parviendra pas, car ce serait donner un bien mauvais signal aux autres pays européens, une manière de déresponsabiliser leurs dirigeants, en leur disant qu'ils peuvent faire n'importe quoi car ils ont l'assurance que les autre pays de l'UE et le FMI viendront automatiquement à leurs secours. L'Union européenne est un espace de coopération et de solidarité renforcé dont tous les états-membres trouvent un intérêt, il ne doit pas devenir une sorte de société de bienfaisance et d'assistanat au profit des seuls états inconséquents.
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