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Crise de la zone euro: 4 options mais aucune solution

La zone euro est en crise aujourd'hui parce que certains états ont accumulé des dettes tellement importantes que les marchés n'acceptent de les financer qu'à des taux usuraires. Ces états, nous les connaissons tous; Grèce, Irlande, Portugal, mais la liste n'est pas close et peut s'allonger du jour au lendemain.

Face à la gravité de la situation, les dirigeants européens et le Fond monétaire international ont mis en place des dispositifs d'urgence (prêts bilatéraux, fonds de stabilisation européen, prêt du FMI, achat de bon du trésor par la banque centrale européenne…). Ces différentes actions ont permis de sauver les trois états de la faillite immédiate et d'éviter une contagion au reste du continent. Mais rien n'est résolu sur le long terme.
 

Les très récentes mauvaises nouvelles venant d’Athènes font croire à certains que la solution mise en place par l'UE et le FMI n'a peut-être été qu'une rustine. La Grèce ne parvient pas à redresser sa situation financière assez rapidement, les privatisations piétinent et le déficit budgétaire ne diminue pas assez rapidement. Est-ce le moment de passer à un autre scénario?
 
Des centaines de pistes mais seulement 4 options sérieuses
 
Il y a autant de solutions proposées que de ministres des finances, de think tanks, d'économistes et de journalistes. Mais bien souvent les solutions avancées sont identiques et seul quelques nuances les différencient; par exemple au lieu de parler de faillite –  qui a une connotation négative et tiers-mondiste – on préférera employer les termes de restructuration en douceur de la dette ou de contribution volontaire des créanciers. L'utilisation abusive d'euphémismes n'améliore pas la compréhension du problème pour le lecteur lambda.
En réalité, il n'y a que 4 options possibles; Continuer la politique actuelle de soutient financier en échange d'efforts structurels des pays aidés, une fédéralisation de la dette, la faillite et une sortie de la zone euro.
Aucune de ces options n'est exclusive (un état peut faire failite et sortir de la zone euro), d'application générale (la Grèce peut faire faillite tandis que le Portugal peut opter pour la sortie de l'Euroland), immuable (l'Irlande peut sortir de la zone euro un certain temps puis y revenir) ou absolue (on peut faire défaut sur la dette pour 50% ou  25% de la dette).
 
1- Le statut quo
 
Description: L'UE, le FMI et les états européens qui bénéficient de taux raisonnables empruntent sur les marchés pour re-prêter ensuite aux états qui n'y ont plus accès dans des conditions viables. En échange les pays aidés s'engagent à procéder à des réformes économiques et budgétaires douloureuses (baisse des salaires, baisse des pensions, report de l'âge de départ à la retraite, augmentation des impôts, privatisation etc…).
 
Avantages: C'est la solution qui s'est imposée aux pays européens car la plus facile et rapide à mettre en œuvre techniquement et politiquement. Si les réformes sont appliquées à la lettre, si le pays restaure sa compétitivité économique, si la demande mondiale ne faiblit pas et si les économistes ne se sont pas trompés dans leurs calculs le pays devrait s'en sortir haut la main (je sais cela fait beaucoup de si)
 
Inconvénients et limites: Cette option est socialement très douloureuse (baisse des salaires et agitation sociale) et économiquement néfaste, au moins à court terme; réduire les dépenses conduit dans un premier temps à une baisse de l'activité économique. Cette solution ne fonctionne que si les gouvernements en place engagent ou peuvent engager les réformes promises. Dans le cas de la Grèce, on se rend bien compte qu'il y a une résistance de la société face au changement.
 
2- Renforcer l'intégration européenne
 
Description: Les partisans de cette option proposent de transformer l'UE en un état fédéral avec, en particulier, une véritable politique économique et budgétaire commune. Ils se prononcent pour, entre autre, un impôt européen, une agence de la dette européenne qui émettrait des emprunts à la place des états, l'obligation pour les états de faire valider leur budget avant qu'il ne soit adopté par leur parlement, des sanctions allant jusqu'à la suspension du droit de vote au Conseil des ministres européens ou au Conseil européen (enfin quasiment le bannissement) en cas de violation des règles budgétaires.
Cette solution est bien sûr surtout défendue par les pays qui connaissent de graves problèmes budgétaires (Grèce, Portugal, Espagne, Italie et par l’Irlande, sauf en ce qui concerne une politique fiscale commune car elle ne souhaite pas modifier sa politique fiscale très favorable aux entreprises) et par ceux où siègent les organes dirigeants de l'UE et qui voient toujours d'un bon œil la création d'une nouvelle agence leur sol (Belgique et Luxembourg).
 
Avantages: Une agence de la dette commune aurait plus de poids face au marché que 17 agences nationales de la dette, et donc obtiendrait de meilleures conditions d'emprunt  face au marché. Les mauvais élèves de la classe Europe bénéficieraient de la garantie implicite des bons élèves (Allemagne, Pays-Bas, Finlande, France…) et une discipline budgétaire stricte permettrait à l'UE d'intervenir en amont et pour ne pas être mis par les états impécunieux devant le fait accomplit.
 
Inconvénients et limites: Les adversaire de ce projet ont des objections d'ordre politique et financière. Ils soulignent que l'Europe n'étant pas l'Amérique, il existe des sentiments nationaux extrêmement forts sur le vieux continent que ne connaissent pas les 51 états américains qui, en particulier, partagent une langue et une culture communes. Ainsi le Belge flamand ne veux pas payer pour le Belge francophone qui habite la ville voisine alors lui demander de signer un chèque en blanc pour un Portugais c'est beaucoup.
Les parlements nationaux sont tous très jaloux de leurs prérogatives, et le vote du budget est l'acte le plus important  dans la vie d'un parlementaire, si l'UE dispose d'un droit de véto sur ce vote, les parlements deviendraient des chambres d'enregistrement et on pourrait même se poser la question de leur existence. Les dirigeants nationaux, même les plus eurosceptiques, sont toujours enthousiastes devant l'idée de pouvoir décider de ce que le pays voisin doit faire ou ne pas faire mais ne veux pas que son voisin décide de ce que lui doit faire. L'UE devra aménager cette contradiction et il est évident que si une clause de "sauvegarde nationale", comme ne manqueront pas de l'exiger tous les grands pays, est introduite cela videra de sa substance ce projet.
L'obstacle principal à cette option est d'ordre financier. Il y a un grand risque de déresponsabilisation des états, plus d'intégration c'est plus de solidarité et plus de solidarité c'est plus de risque pour les pays les plus vertueux puisqu'ils se retrouveraient garants des dettes des états impécunieux. La montée en puissance des mouvements populistes en Europe (cf. les élections législatives en Finlande) montre que les peuples européens sont de moins en moins favorables non seulement à une solidarité trans-nationale mais même à une solidarité nationale.
 
 
3- La faillite et ses variantes ou quand Mélanchon et Goldmann Sachs ont un point d'accord
 
Faillite; le vilain mot que les dirigeants européens ne veulent pas entendre et qu'ils ne prononcent qu'en off face aux journalistes. Quelques spéculateurs, qui ont souscrit des CDS, la souhaitent et y ont intérêt, les agences de notation et nombre d'économistes la jugent inévitable et l’extrême gauche en rêve (spolier le grand capital qui détient des bons du trésor c'est un vieux rêve marxiste qui devient réalité).
 
Est-ce qu'un état peut faire faillite? Oui et de nombreux états l'ont fait et pas des moindres; Rome, Le Royaume de France, le Royaume d'Angleterre, la République de Venise, la Russie tsariste etc. et plus récemment l'Argentine.
 
Description: Comment procéder concrètement? Tout simplement en ne remboursant plus les échéances ou en ne remboursant qu'une partie de la dette ou en modifiant les taux d’intérêt ou en remboursant sous forme d'huile d'olive..enfin il existe de nombreuses possibilités mais le point commun à toutes ces variantes est que l'état peut prendre sa décision de manière unilatérale et que contrairement à un particulier, qui peut se faire saisir sa voiture ou sa maison, il est souverain.
Avantages:  Il est immédiat et évident, on remet les compteurs à zéro.
Inconvénients et limites: Heureusement pour les détenteurs de d'obligations d'état il existe des garde-fous face à la faillite d'un état, prenons l'exemple de la Grèce;
1- Les obligations d'états grecs sont détenus par …les Grecs eux-même et en particulier leurs banques (plus de 50% de la dette nationale grecque) qu'il faudra re-capitaliser. Si Athènes annule ses 340 milliards d'euros de dette, cela ne correspond en fait qu'à 170 milliards de gagné pour le pays (ok, c'est pas rien non plus). Bien sûr la Grèce pourrait n'annuler que les obligations détenues par les non-résidents mais dans ce cas elle aurait l'UE sur le dos pour pratique discriminatoire avec la menace de se faire éjecter de l'Europe et de ne plus recevoir aucune subvention.
2-  La Grèce étant membre d'un ensemble politique et économique (UE) et monétaire (Euroland) , il est bien évident que sa faillite aurait des conséquences non seulement sur ses partenaires européens mais dans le monde entier avec des situations de faillite pour de nombreuses banques. Il existe donc une grosse pression de l'ensemble des pays européen pour qu'elle ne commette pas un acte "irréparable".
3- Se retrouver sur une liste moire. 11 ans après sa faillite, l'argentine n'est toujours pas revenu sur les marchés financiers.
 
4-Sortir de l'euro
 
Description: Si on considère que la zone euro n'est pas une zone monétaire optimale et que c'est pour cette raison que certains pays connaissent une crise de la dette, le bon sens demande de sortir de la zone euro. Si techniquement cette sortie ne pose pas de problème (il suffirait de réimprimer des Drachmes pour les grecs par exemple), juridiquement l'affaire est un peu plus difficile. Puisque les traités européens n'ont pas prévu de sortie de la zone monétaire spécifiquement mais seulement une sortie de l'Union en entier, pour sortir uniquement de l'Euroland il faut avoir l'accord de chacun des 27 pays de l'union. Ce n'est pas gagné d'avance et un passage en force ouvrirait la voix à une crise institutionnelle.
 
Avantages: Le pays qui quitte la zone euro retrouvent la maitrise de sa politique monétaire (change, taux d’intérêt…) pour le meilleur et pour le pire. Ce pays pourrait en particulier procéder à des dévaluation compétitive ou faire baisser les salaires et les pension en ne compensant pas une inflation élevée.
 
Inconvénients et limites: Contrairement à ce qui est souvent écrit un pays qui quitterait l'euro ne pourrait pas convertir ses obligations émises en euros vers une nouvelle monnaie et rembourser en monnaie de singe, car aucune clause de ce type n'est présente dans ce type de contrat. Quand la France est passée à l'euro, les bon du trésor ont été converti en euro car le franc français n'existait plus, mais si demain la France quitte la zone euro, l'euro continuera d'exister et la France tenue de rembourser dans cette monnaie. En dévaluant sa nouvelle monnaie de 50% par rapport à l'euro un pays ne divise pas sa dette publique par deux.
 
La dernière trouvaille:  Faire sortir l'Allemagne. Cette idée saugrenue part du constat que la monnaie européenne est trop forte et donc pénalise les exportations des pays membres. Si le pays le plus fort de la zone euro sortait cela ferait baisser l'euro, donc allégerait le poids de la dette et en plus rendrait les produits de la nouvelle zone euro plus compétitifs.
Malheureusement ou heureusement, si aucun traité européens n'a prévu de sortie de la zone euro sans sortie de l'Union européenne, les dirigeants européens ont encore moins prévu de faire sortir un pays contre sa volonté (à moins bien sûr de graves manquement aux règles de l'Union). Et comme l'Allemagne est selon beaucoup d’économistes la grande bénéficiaire de la mise en place de l'euro, on l'imagine très mal sortir de son propre chef.
Par ailleurs si l'Allemagne prenait le large, on imagine que d'autres pays avec qui elle a des liens forts comme les Pays-bas ou l'Autriche, seraient prêt à la suivre dans une sorte de "Grande Zone Mark". Conséquence immédiate, la nouvelle zone euro avec des pays comme la Grèce, l’Irlande, Le Portugal , l'Italie et l'Espagne serait à peine plus crédible que le Peso chilien et les marchés n'accepteraient de souscrire aux émissions obligataires de ces pays qu'à condition qu'ils soient émis en Dollar américains ou en Franc suisse.
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