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Debtocracy: La crise grecque pour les nuls…par des manipulateurs

Hier soir, dans un grand élan d’ouverture d’esprit mais aussi par esprit de curiosité, je me suis astreint à un exercice d’autoflagellation pour le libéral que je suis; j’ai regardé Debtocracy.
Ce documentaire, sur la crise de la dette en Grèce, réalisé par des Grecs et qui fait fureur sur la toile dans les milieux de gauche, semble être l’objet d’un boycott des grands  médias.  Il n’en fallait pas plus pour propager une épidémie de complodite aiguë parmi les sympathisant d’extrême gauche et chez les alter-mondialistes sur un terreau fertile qu’est le monde de la finance. Compte rendu d’un documentaire qui n’en est pas vraiment un.
La première chose qui surprend, quand on sait que le budget du film serait de seulement 8.000 euros, est la très grande maitrise technique dont ont fait preuve les bénévoles ayant participé à ce projet. Bonne nouvelle donc, le talent n’est pas une affaire de gros sous et on sent que ce petit monde a mis tout son cœur à l’ouvrage pour accoucher d’un œuvre construite comme une belle série policière américaine, on est loin de l’amateurisme soixante huitarde. Le fonds par contre laisse largement à désirer et on se demande si cette maitrise artistique n’a comme unique but que de nous laisser bourrer le crâne avec des idées fumeuses et des théories saugrenues.

Debtocracy n’a pas la prétention de montrer la vérité crue et nue. Plutôt qu’un documentaire il se classe dans la catégorie des film-militants, à la Michael Moore, qui ne s’embarrassent pas de montrer des points de vues différents et contradictoires sur un problème majeur en laissant au spectateur une petite place pour son libre arbitre. Les deux auteurs, Katerina Kitidi et Aris Hatzistefanou le revendiquent même, après tout selon eux leurs « contradicteurs ont largement eu le temps et l’espace médiatique pour faire valoir leur position ».  Ce que tu ne voudrais pas que l’on te fît, ne l’inflige pas à autrui, c’est pas leur tasse de thé.

Debtocracy est un plaidoyer assez bien ficelé dont l’objectif principal est de justifier le non-remboursement de la dette par l’Etat Grec et tout les arguments sont bons, même les plus contradictoires, pour arriver à cette fin, le principal étant le caractère odieux de cette dette selon une jurisprudence du droit international.
Pour Kitidi et Hatzistefanou, tout le monde est coupable; patrons, banquiers, hommes politiques, Union européenne, BCE, FMI, Allemagne, USA, les Chinois etc. tout le monde sauf le peuple grec bien sûr, innocent comme l’agneau. Et pour étayer leur discours on nous sert un florilège de thèses le plus souvent fausses, parfois contradictoires mais qui ont toutes un point commun; ne jamais poser la responsabilité du peuple grec dans ses comportements inciviques et le choix de ses élites.

Le film est divisé en trois parties inégales; La crise et le monde, l’exemple équatorien et enfin le cas grec.

La crise est avant tout mondiale

Dans cette première partie sont repris trois thèmes pour expliquer la crise de la dette que connait principalement les pays occidentaux.  La mondialisation aurait été organisée par le « Capital » afin de pouvoir prendre sa revanche sur les travailleurs et casser le modèle social construit dans beaucoup de pays occidentaux; une sorte de Protocoles de sages de Sion – j’ai du mal à me retenir de rire-. Leur cheval de Troie serait la Chine et ses travailleurs payés avec « un bol de riz ». Personnellement je suis toujours étonné quand la gauche internationaliste reprend les arguments de la droite nationaliste en demandant un replis sur soit. Si on veut vendre à la Chine il faut bien qu’elle aussi puisse nous vendre quelque chose pour que le système fonctionne.
Conséquence de la mondialisation, les ménages et les Etats se seraient tournés vers l’endettement pour compenser la baisse des salaires pour les premiers et des dépenses sociales en hausse ainsi que des recettes fiscales en baisse pour les seconds. Voici une théorie intéressante et qui est souvent reprise par des économistes qu’ils soient de gauche ou de gauche. Sauf que le postulat concernant les ménages est faux, de nombreuses études ont montrés que cette perception de baisse de pouvoir d’achat était globalement sans fondement, les salaires progressent mais beaucoup moins fortement que pendant les 30 glorieuses. Est-ce que les Etats s’endettent à cause de l’effet de ciseaux dévastateur pour les comptes publics que sont la hausse des dépenses publique et la baisse des recettes? Personnellement je crois plutôt que le coupable est le clientélisme qui sévit chez beaucoup de politiques; je dépenses donc je suis.

3èm argument, la financiarisation de l’économie et la poids de plus en plus important des banques qui lorsqu’elles vacillent et sont secourues par les pouvoirs publics déstabilisent à leur tour les Etats.  Enfin un argument qui semble tenir la route encore que si cela est valable pour l’Irlande ou l’Espagne (cf. Bankia) cela l’est beaucoup moins pour la Grèce. C’est même l’inverse dans ce le cas d’Athènes, la baisse de valeur des obligations publiques grecques eu des répercutions dévastatrices sur le bilan des banques grecques qui en étaient gavées.

Petit détail assez cocasse, si tout au long de ce film on casse du Boche et du Yankee, on se se gène pas le moins du monde pour demander à ce qu’on suive l’exemple américain de solidarité entre Etat fédéral et Etats fédérés. Le sous entendu est bien sûr que l’UE devrait pourvoir aux besoins des Etat européens impécunieux. Ceci est faux à double titre. D’abord il existe depuis les années 80 un budget pour venir en aide aux régions les moins avancées (le terme sous-développé est réservé à l’Afrique et à l’Asie) au travers duquel les contributeurs net au budget de l’UE ont déversé et continu de déverser des dizaines de milliards d’euro sans grand résultats tangibles – si ce n’est un grand nombre d’autoroutes et d’aéroports régionaux – puisque la Sicile est toujours la Sicile.
Ensuite le ratio d’écart de richesse entre l’Etat le plus riche de l’UE, en terme de PIB par habitant, le Luxembourg et celui le plus pauvre, la Bulgarie, est de 6,8 alors que ce même ratio est de  7,4 entre le district de Columbia et Puerto Rico. La solidarité entres Etats américains se fait par la transhumance de la main d’œuvre plutôt que par des transferts. Quand le Minnesota a connu un trou de 5 milliards dans son budget, il n’a pas été sauvé par la Californie ou Washington, le gouverneur a simplement pris la décision de fermer des services publics.

Rafael Correa el Libertador

La partie la plus longue et malheureusement la plus indigeste. Une musique de fonds c’est sympa mais de la salsa – et pourtant j’aime les musiques latines – dans les oreilles avec des chansons à la gloire du président Rafael Correa (ci-contre) c’est une torture.

Qu’elle idée saugrenue que celle de prendre un petit pays d’Amérique du Sud pauvre- que peut de personnes pourraient situer sur un carte – comme exemple à suivre pour un pays relativement riche – à l’échelle de la planète bien sûr – qu’est la Grèce? Puisque que quasiment personne ne connait ce pays, il est plus facile pour une narrateur de raconter n’importe quoi sans se griller.
L’Equator est, à ma connaissance, le seul pays au monde a avoir répudié sa dette de son propre chef, en usant de la jurisprudence de la dette odieuse et surtout en y mettant les formes s’il vous plait; commission d’enquête composées d’experts internationaux qui ont travaillé sur les comptes publics pendant 14 mois – pas à la sauvage comme la Russie de Lénine ou  imposé par les USA à ses partenaires en Irak sans d’ailleurs y faire référence pour ne pas créer un précédent.
Malheureusement comparaison n’est pas raison. Comment mettre sur un pied d’égalité un emprunt qui va servir à financer une ligne de chemin de fer pour désenclaver une région perdue en pleine forêt amazonienne au seul profit  d’une multinationale qui y exploite une mine de cuivre et de la dette accumulée pour payer grassement des fonctionnaires qui n’en glandent pas une au siège d’un ministère? Dans le second cas on peut dire qu’une partie du peuple grec en a bien profité contrairement aux paysans équatoriens.

La dette odieuse appliquée à la Grèce 

Enfin nous arrivons au cœur du sujet, où l’on parle plus précisément de la Grèce. Malheureusement on reste sur sa faim en écoutant la pauvreté et la fragilité des arguments avancés.
Les problèmes de la Grèce mais aussi de l’Irlande et du Portugal seraient à mettre sur le compte de leur situation géographique. Les zones périphériques souffriraient plus que le cœur de l’UE. A croire que nos amis journalistes n’ont jamais entendu parler de la Finlande et de la Suède et de leur bonne santé économique.
Autre idée saugrenue,  les jeux olympiques auraient plombé les finances de l’Etat. D’abord personne n’a jamais forcé la Grèce à les accueillir, c’est même l’inverse, Athènes a fait le forcing pour gagner l’appel d’offre lancé par le CIO. Les jeux de Los Angeles, Séoul, d’Atlanta et Sydney ont été bénéficiaires, ceux de Barcelone tout juste à l’équilibres et ceux d’Athènes…aussi! 100 millions de dollars de bénéfices pour un investissement de plus de 15 milliards: C’est certes moins glorieux que Sydney et ses 1,75 milliards de bénéfices pour un mini-budget de 4,5 milliards mais cela reste un excédent. Il faut donc chercher ailleurs une explication.

L’autre explication va être cherchée chez la tête de Turc favorite de la gauche grecque, L’Allemagne, qui non contente d’avoir « déclaré la guerre à ses travailleurs » dixit le commentateur, aurait aussi forcé la Grèce a continuer à lui acheter du matériel militaire. Comme si Berlin était l’unique fabriquant d’arme européen. A mon humble avis, Merkel n’a pas dû forcer trop la main de Papandréou puisque depuis 30 ans, Athènes a le budget militaire le plus important d’Europe rapporté aussi bien en terme de PIB que d’habitants.
Ce qui est globalement étrange c’est  que ce reportage fuit les sujets les plus importants, comme l’appartenance de la Grèce à la zone euro qui est plébiscité par plus de 70% des Hellènes. Le problèmes de la fraude fiscale n’est pas non plus abordé ni celui des exemptions fiscales dont bénéficient légalement les armateurs et les membres du clergé. Bien sûr les sur-effectifs dans la fonction publique et dans les entreprises nationalisées n’est même pas effleuré. A trop vouloir plaire à son public et chercher des coupables chez les barbares, les réalisateurs sont surement passé à côté des vrais problèmes et donc des vraies solutions.

Des mensonges répétés deviennent-ils des vérités?

Il y a dans ce documentaire un savant mélange d’informations factuelles que personne ne peut nier – le peuple souffre à cause de la  crise – un peu de pathos et de nombreuses affirmations fausses qui à forces d’être répétées deviennent des vérités pour un public peu au fait des problèmes économiques et qui est exaspéré par la suite de scandales financiers et  par les baisses successives de pouvoir d’achat. C’est pas à des Grecs qu’on va apprendre la rhétorique.

Les auteurs de ce documentaire se trompent en demandant une commission d’enquête pour déterminer si la dette grecque est odieuse ou pas. Personne ne peut préjugé des résultats qui en sortiront, qu’est-ce que le gouvernement devra faire si cette commission n’arrive pas à démontrer le caractère illégale d’une grande partie de la dette grecque? La Grèce ne doit pas chercher à rembourser la totalité de sa dette, tout simplement parce qu’elle ne le peut pas et c’est le meilleur des arguments qui soit.

Debtocracy International Version by ThePressProject

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