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Liborgate: Pourquoi et comment

Je suis étonné par la modeste place qu'occupe en France le scandale du Libor qui actuellement secoue tout le secteur financier britannique et indigne au plus au point opinion publique britannique et sa classe politique (indignation un peu surjoué par les hommes politiques puisque les rumeurs de fraude avaient commencé à circuler dés 2007).
L'explication dans ce manque d’intérêt des médias est peut être à chercher dans la méconnaissance des conséquences et des implications de cet taux de référence londonien qui vont bien au delà de la City.
 
Qu'est-ce que le LIBOR
 
Le London interbank offered rate (en francais le taux interbancaire offert à Londres) est un taux statistique qui reflète (ou devrait refléter) les taux moyens auxquels se prêtent un panel de banques sur la place financière de Londres.  Comme ce taux de référence se calcule tous les jours ouverts de l'année, concerne  10 devises (la livre sterling of course mais aussi l'euro et même la couronne suédoise) et comporte 15 échéances (du taux au jour le jour aux prêts de 12 mois), tous les jours la British bankers association (BBA) communique 150 Libor différents et environ 52.500 Libor par an! Un exemple le Libor "du 11 mai 2012, échéance 3 mois sur la couronne danoise".
A quoi sert le LIBOR et comment un simple citoyen est concerné par ce taux
 
En plus d'être une référence statistique qui peut être utilisée par des chercheurs dans une fac d'éco ou repris par un gouvernement ou un banque centrale et influencer des politiques économiques ou surtout monétaires, l'intérêt principal de ce produit est de servir de base de calcul pour de très nombreuses opérations financières – le chiffre de 350.000 ou 360.000 milliards de dollars, soit 5 fois le PIB du monde, est souvent repris – y compris hors de la place de Londres. La mâtiné d'un comptable finit souvent par la consultation du Libor qui sert au calcul des échéance de nombreux emprunts bancaires. Cela touche les grosses entreprises mais aussi les petites.

 

 

Un "simple" citoyen peut être concerné directement à double titre. La plupart des emprunts immobiliers sont basés sur le frère jumeau continental du Libor, l'Euribor (Eu désignant Europe ou lieu du L londonien) qui se présente pour faire simple selon cette formule mathématique; intérêts = Euribor + marge fixe. Donc plus le taux variable (Euribor) est élevé, plus la somme des intérêts  à régler est élevée. Nous verrons plus loin que même si le Libor et l'Euribor sont calculés par deux autorités différentes, si il y a u truande sur le premier le deuxième aussi a été manipulé.

 

 

Vous n'avez pas d’emprunt immobilier à taux variables? Pas grave, vous avez peut-être de l'épargne sous forme d'OPCVM (Sicav, assurance-vie…)  monétaire ou obligataire dont une partie du rendement est surement basée sur ces taux de références. Dans ce cas présent vous être gagnant.
 
Comment est calculé  le Libor?
 
La procédure de collecte des données auprès des banques est aussi simple que la méthode de calcul. On prend un panel représentatif des plus gros intervenants sur le marché qui communiquent la moyenne des taux à laquelle ils ont traité leurs opérations et pour chaque type de Libor où ils sont éligibles puis on calcule une moyenne non-pondérée mais élaguée (par exemple dans le cas de 18 contributeurs, on ne tient pas compte des 4 taux les plus élevés et des 4 taux les plus bas) pour écarter les erreurs ou une situation exceptionnelle chez une banque.
Voici par exemple les 18 champions qui figurent sur la liste de contributeurs pour le Libor dollar et qui ne comporte trois français:

 

 

  • Bank of America
  • Bank of Tokyo-Mitsubishi UFJ Ltd
  • Barclays Bank plc
  • BNP Paribas
  • Citibank NA
  • Credit Agricole CIB
  • Credit Suisse
  • Deutsche Bank AG
  • HSBC
  • JP Morgan Chase
  • Lloyds Banking Group
  • Rabobank
  • Royal Bank of Canada
  • Société Générale
  • Sumitomo Mitsui Banking Corporation
  • The Norinchukin Bank
  • The Royal Bank of Scotland Group
  • UBS AG        
Pourquoi manipuler le Libor?
 
Puisque le marché des produits financiers adossés au Libor se monte à 350.000 milliards, toute erreur (rires!) ou manipulation de 0,01% représentent 36 milliards sur une année. Cela ne signifie pas que 36 milliards passent d'une poche à une autre car toute les banques de marché sont à la fois courtes et longues sur des produits basés sur le Libor, il y a une sorte de compensation mais pas totale sinon il n'y aurait pas de fraudes. Sauf que depuis que la crise financière est passée par là et que l'impératif d'accumuler des bénéfices à court terme s'est fait plus pressant pour les banques quitte à  violer la loi. Puisque les banques prêtent moins, ce n'est pas avez les marges faites sur les nouveaux prêts qu'elles vont pouvoir continuer à faire des bénéfices, par contre faire plus de profits sur des prêts passés est l'idéal  car le client est l'otage de la banque (sa seule solution pour y échapper est de faire faillite).

Comment manipuler le Libor?

Pour frauder il faut des fraudeurs, évidemment, mais aussi des conditions de fraude favorables. On a vu précédemment (Comment est calculé  le Libor?)  que le calcul du Libor ne faisait pas l'objet d'un contrôle systématique et à priori de la part de l'autorité de tutelle sur les déclarations des banques pilotes. C'est un peu comme laisser la clé de votre voiture sur le contact à La Courneuve.

 

 

La fraude aux données statistiques est d'autant plus facile que les conditions de marché sont oscillantes et c'est le cas depuis la crise des subprimes. Si le 1 mois euro s'est traité toute la journée entre 1,2 et 1,3% et que le Libor ressort hors de cette fourchette, par exemple 1,4%, tous les traders constateront que ce chiffre ne reflète pas la réalité. Par contre si les taux sont passés de 2% le matin, puis ont dégringolés à 1,1% à midi (sur une déclaration rassurante d'Angela Merkel) et pour finir la journée à 2,5% (après un article de presse espagnole sur des grosses pertes de Bankia) qui peut sérieusement pronostiquer le Libor?
 
La tactique pour un fraudeur est de déclarer le taux le  plus élevé ou bas possible (selon son intérêt) mais pas trop éloigné de la moyenne de ses confrères pour ne pas être exclue de l’échantillon retenu pour le calcul final. L’idéal est bien sûr de mener une action de concert avec d'autres contributeurs complices; la limite à ce petit jeux est que plus il y a  de complices et plus le risque est grand que l'un d'entre eux dénonce la magouille. C'est ce que la Suissesse UBS aurait fait, selon certains journaux, en échange d’une immunité conditionnelle (on se croirait dans une série policière américaine, "tu balances et le proc ne retient que la possession illégale d'une arme à feux sinon on te charge pour l'homicide"). Barclays aurait suivi pour bénéficier d'un traitement de faveur des autorités. La banque anglaise ayant un peu tardée pour faire amende honorable, elle écope de 362 millions d'euros d'amende et voit quelques têtes tomber  (les numéros 1,2 et 3, mais ne vous inquiétez par pour eux!)
 
D'autres têtes vont-elles tombées?
 
La banque de marché est un milieu très fermé mais très petit. J'ai du mal à imaginer que seules deux banques soient impliquées dans ce scandale, je pense même qu'elles sont toutes plus ou moins complice. Soit elles ont participé activement à la manipulation soit elles savaient et n'ont rien dit.  Au élément important, si cette fraude ne concerne à l'heure actuelle que le Libor, il est évident que l'Euribor est aussi concerné car les contributeurs au Libor sont souvent aussi les mêmes qui contribuent à l'Euribor (même si cela concerne des succursales ou des filiales différentes, la maison mère est la même) et que tout écart important entre Libor et Euribo sur une même classe de prêt (même devise, même durée et même jour) aurait sauté aux yeux de tous.

 

 

Est-ce que les autorités politiques ont fermés les yeux pour laisser les banques reconstituer leurs marges et ne pas avoir à les recapitaliser? Est-ce que le problème vient des passerelles professionnelles entre les autorités de contrôle et les entreprises contrôlées qui auraient été une source de conflit d’intérêts (sans jeux de mot). Comment peut-on aller chatouiller une grande banque si on a l’ambition d'aller y pantoufler dans quelques années? On attend avec impatience la suite continentale du feuilleton et les réactions des politiques européens d'habitude si prompt à dénoncer la finance folle qu'il faut dompter.

 

 

 

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